Les flux maritimes : cordon ombilical de la mondialisation

Dossiers spéciaux : n°156 : La croissance bleue

Les professionnels de la mer, civils et militaires, en sont convaincus : avec la deuxième ZEE du monde, ses atouts avérés et potentiels, la « croissance bleue » est l'avenir de la France - un réservoir d'innovations, d'emplois et de richesses.

À l'issue de cinq années de travaux, les 260 chercheurs du projet Océanides, issus de 40 pays, l'ont démontré : « La mer est le moteur de l'histoire ; le moteur de la prédominance et du rayonnement ; l'accélérateur du développement économique et politique. » Ce discours, historiquement, géographiquement et économiquement irréfutable, qui sonne si juste à l'oreille de tous les marins, ne trace pas un avenir écrit d'avance. Océanides nous révèle en creux une autre caractéristique de la prospérité maritime : on ne la possède jamais définitivement, car la mer ne se conquiert pas.

La prospérité de notre pays a longtemps reposé sur ses atouts naturels. Une terre fertile, un climat tempéré, du fer et du charbon en abondance, des frontières naturelles : voilà le pré carré qu'il a fallu défendre pendant des siècles. Depuis le milieu des années 1970, notre prospérité ne repose plus de façon prépondérante sur ces stocks de richesses, mais également sur des flux qui sont, par essence, vulnérables. Aujourd'hui, dans un contexte stratégique en pleine évolution, ils sont plus que jamais menacés. La défense de ces flux, vitaux pour l'économie et le développement de notre pays, commence au large, du golfe de Guinée au nord de l'océan Indien.

Nous sommes dépendants de flux intercontinentaux ininterrompus

Le développement d'une économie fondée sur les échanges internationaux repose en effet sur un équilibre dynamique. Comme la roue, cette économie a besoin de mouvement incessant pour tenir debout : le ballet des supertankers qui alimentent nos stations-service, des porte-conteneurs chargés de biens manufacturés désormais fabriqués aux deux tiers en Asie du Sud-Est et des cargos qui nourrissent le monde entier de céréales produites par des monocultures spécialisées dont la France est l'un des premiers exportateurs.

Mondialisation et maritimisation vont donc de pair. Le transport maritime achemine 90 % du commerce mondial, à un coût généralement imbattable : le transit d'un container de Shanghai à Marseille par la mer revient moins cher que son transit terrestre de Marseille à Paris.

L'accroissement de cette dépendance est comparable à bien des égards à l'émergence d'Internet dans nos vies : soudaine (quelques décennies), indispensable, irréversible. La proximité entre les flux maritimes et le cyberespace ne s'arrête d'ailleurs pas là : pour circuler, les données numériques empruntent, à 99 %, des câbles optiques sous-marins, posés sur le fond des océans par des navires câbliers. Les communications par satellite sont aux câbles sous-marins ce que le transport aérien est au transport maritime : on pense à eux en premier, mais les flux qu'ils convoient sont en réalité très faibles en volumes (de l'ordre du gigabit par seconde pour les liaisons de données satellitaires contre plusieurs milliers de fois plus pour les câbles sous-marins).

Ces câbles, d'un diamètre moyen de seulement 2,5 cm, sont …