Mieux former aux métiers de la mer

Dossiers spéciaux : n°156 : La croissance bleue

Politique Internationale - Naval Group (ex-DCNS)(1) couvre tous les domaines de la construction navale militaire et une très grande variété de métiers. Quels sont aujourd'hui les métiers de la mer ?

Hervé Guillou - Comme vous le soulignez, ils sont extrêmement nombreux. Les activités de Naval Group recouvrent la construction navale, mais aussi la réparation navale, et cela depuis 400 ans. 400, c'est également le nombre de métiers que nous devons maîtriser. Un nombre qui reste stable depuis des siècles, même si les spécialités ont considérablement évolué. Nous avons récemment procédé à un inventaire historique, et les quelque 400 métiers que nous avons identifiés au XVIIe siècle ont évidemment, dans leur immense majorité, peu à voir avec ceux d'aujourd'hui : nous n'avons plus de bourrelier, ni de charpentier-bois, ni d'homme qui sache coudre les voiles ou de maître-charpentier qui s'occupe des mâtures. Nul doute que, demain et après-demain, nous aurons encore 400 métiers, mais différents des métiers actuels.

Le coeur du savoir-faire d'un architecte naval - ou d'un groupe qui assume la maîtrise d'oeuvre de l'entretien d'un navire - est justement la capacité à maîtriser cette complexité et cette multiplicité de métiers dans un lieu unique et sur un objet unique : le navire de combat.

P. I. - Peut-on classifier les métiers qui contribuent à la fabrication ou à l'entretien d'un navire ?

H. G. - Tout à fait. Ils se répartissent en trois grandes catégories. La première est celle des métiers liés à la construction de la coque propulsée proprement dite jusqu'aux aménagements. Outre l'architecte, elle comprend tout ce qui a trait à la maîtrise des matériaux : le travail de la tôle, la chaudronnerie, la soudure, le formage, la mécanique, mais aussi la conception et l'intégration de la propulsion et de tous les auxiliaires nécessaires à la vie à bord.

P. I. - Ces profils très pointus sont particulièrement recherchés en raison des contraintes liées à la construction navale. Les navires de guerre et les sous-marins subissent des pressions extrêmement élevées...

H. G. - Effectivement, l'épaisseur des tôles de sous-marins est très élevée. Il s'agit donc non seulement d'aciers spéciaux qui nécessitent des précautions particulières lors de la soudure, mais aussi de savoir-faire très spécifiques. Pour vous donner un exemple, un jeune employé de Naval Group, âgé de 27 ans, vient tout juste de remporter les olympiades européennes du soudage. Il est donc un spécialiste reconnu du métier en Europe. Mais il n'est pas encore qualifié chez nous pour souder les pièces les plus délicates de raccordement des coques de sous-marins nucléaires de la classe Barracuda. C'est dire le niveau d'exigence que la sécurité plongée impose.

P. I. - Quelles sont les deux autres familles de métiers ?

H. G. - La deuxième grande catégorie est celle qui touche à la mission principale du navire, c'est-à-dire à son système de combat. On y trouve une variété considérable d'activités, moins connues du grand public car elles ne sont pas aussi visibles que la coque, qu'elle soit grise pour …