Pour un transport maritime durable et responsable

Dossiers spéciaux : n°156 : La croissance bleue

Politique Internationale - À l'instar d'autres secteurs de l'économie française, les armateurs tiennent-ils compte de la problématique environnementale ?

Éric Banel - Le transport maritime est aujourd'hui le mode de transport le plus efficace et le plus propre à la tonne transportée. L'ADN de notre activité est précisément de transporter un très gros volume de marchandises, par un moyen unique, sur des distances très longues. L'enjeu n'est pas la vitesse mais la fiabilité. Le transport maritime est efficace car il consomme moins de carburant et émet moins de CO2, de soufre ou d'oxyde d'azote que le transport aérien ou routier. Et il faut l'encourager, parce que plus les marchandises passeront par navire - qu'il s'agisse, d'ailleurs, du maritime ou du fluvial -, plus nos routes seront désengorgées, et mieux la pollution sera gérée. Le transport maritime est durable, dans ses fondements mêmes.

Notre conviction est qu'un armateur ne peut aujourd'hui absolument pas poursuivre son activité sans être engagé dans une démarche responsable sur le plan environnemental, mais également sur le plan social. La France, et Armateurs de France en particulier, joue à l'échelon européen et mondial un rôle leader sur ces questions. Nous nous sommes engagés depuis maintenant plusieurs années sur la question des réductions des émissions de dioxyde de carbone, dans le cadre de la problématique climatique, mais aussi sur la réduction des émissions de soufre, d'oxyde d'azote et de particules. Je pourrais aussi citer d'autres dossiers, comme la protection des cétacés en Méditerranée ou la gestion des eaux de ballast. Ces sujets sont emblématiques de notre engagement environnemental.

P. I. - Quelle est l'origine de cette démarche ?

É. B. - L'aventure a commencé avec la charte bleue d'Armateurs de France et se caractérise par deux motivations. La première est le marin. Nos entreprises sont composées d'anciens navigants ou de navigants, et le navigant ne peut pas être étranger à son environnement salé. Lorsque l'eau est polluée, lorsqu'il rencontre des conditions climatiques extrêmes, directement liées au changement climatique observé, le marin est le premier à en être témoin. Et il en est parfois la victime ! Le marin est par nature intéressé à la protection de son environnement, et cette prise de conscience est ancienne.

La deuxième motivation de cette démarche est la volonté de nos entreprises, de notre secteur, d'être à la pointe de l'excellence environnementale. Elle est, en effet, un atout. En termes économiques, le pavillon français a un savoir-faire et des compétences : nous disposons de très bons marins, de navires neufs et modernes, mais nos coûts sont évidemment plus élevés que ceux de nombreux autres pays. Et c'est justement parce que nous avons fait de cet engagement environnemental et social un savoir-faire, une plus-value, un atout, que nous continuons à être aujourd'hui présents partout, sur tous les métiers du transport maritime. C'est devenu un avantage comparatif par rapport à ceux qui nous entourent.

P. I. - Vous vous comparez là avec le low cost...

É. B. - Tout à fait, et j'aimerais que le …