Italie : Le temps du populisme

n° 161 - Automne 2018

« L'homme qui bouscule l'Europe », titrait à la Une Le Figaro, le 1er septembre dernier, en annonçant une série d'articles sur Matteo Salvini, vice-président du Conseil et ministre de l'Intérieur dans le gouvernement de Giuseppe Conte. Plus que la personnalité de ce pâle professeur de droit privé parfaitement inaudible nommé à la tête du gouvernement de coalition, on retient surtout celles des deux leaders qui en constituent la charpente : le « Cinq Étoiles » Luigi Di Maio (32 ans), vice-président du Conseil lui aussi et ministre du Travail et des Politiques sociales (1) ; et Matteo Salvini, un milanais de 45 ans. Deux figures fortes, antagonistes, rivales, mais unies par un contrat de gouvernement très détaillé qui leur a permis de donner jour le 1er juin dernier au premier gouvernement populiste d'Europe occidentale.

Lors des élections du 4 mars 2018, les « Cinq Étoiles » (M5S), cette formation antisystème apparue aux élections de 2013, s'étaient affirmées comme la première force politique du pays en recueillant 10,7 millions de bulletins de vote, soit 32,7 % des suffrages. De son côté, la Ligue, qui plafonnait à 3 % lorsque Matteo Salvini en avait pris la tête en décembre 2013, recueillait 5,7 millions de voix correspondant à 17,4 % de l'électorat - creusant un écart de plus d'un million de voix par rapport à Forza Italia, la formation de Silvio Berlusconi, lequel dirigeait pourtant dans ce scrutin la coalition comprenant Forza Italia, la Ligue et les néo-fascistes de Fratelli d'Italia.

Ces rappels sont nécessaires pour comprendre l'exceptionnel dynamisme que celui que l'on surnomme « il Capitano », Matteo Salvini, a insufflé à son parti, dynamitant tous les équilibres politiques. Au moment où nous avons réalisé cette interview dans son vaste bureau au ministère de l'Intérieur à Rome, un sondage Demos créditait le leader de la Ligue de 30,2 % des intentions de vote (d'autres instituts lui accordent jusqu'à 33 %, voire 34 %), contre 29,4 % pour le M5S - très loin devant la troisième force du pays, le Parti démocrate (17,3 %), qui a gouverné l'Italie pendant les cinq années précédentes. Ce même sondage accorde à l'actuel gouvernement « jaune-vert » 60 % d'opinions favorables.

Fils d'un dirigeant d'entreprise lombard et d'une mère au foyer, Matteo Salvini fait ses études secondaires au lycée Alessandro Manzoni de Milan et s'inscrit en sciences politiques à la célèbre Università degli Studi. L'année suivante, il se réoriente vers un cursus d'histoire mais abandonne l'université sans avoir obtenu un seul diplôme. Il fréquente alors le centre social Leoncavallo, berceau de la contestation lombarde, puis s'inscrit en 1990 à la Ligue du Nord, le mouvement séparatiste créé par Umberto Bossi. Il sera secrétaire de la fédération des jeunes pendant quatre ans avant d'intégrer en 1997 le journal du parti, Padania, au poste de rédacteur - une « expérience fascinante », confiera-t-il.

En 1997, il s'était fait élire au « Parlement de la Padanie », une structure loufoque qui n'a jamais fonctionné mais qui lui permet d'être …