Chrétiens d'Orient : vers une disparition programmée?

n° 163 - Printemps 2019

Quelques jours après un attentat perpétré contre la communauté copte, le maréchal Abdel Fatah al-Sissi inaugurait le 6 janvier 2019 l'immense cathédrale de la Nativité dans la future capitale administrative de l'Égypte, avant d'assister à une messe de Noël sous haute sécurité (1). Trois semaines plus tôt, le 11 décembre, un événement relativement inaperçu s'était produit à Paris. La Coordination chrétiens d'Orient en danger (CHREDO) réunissait dans l'enceinte du parlement de la région Île-de-France dix-sept hauts dignitaires religieux de l'islam sunnite et chiite, dont le doyen de la faculté des sciences islamiques de l'Université Al Azhar, cheikh Abdel Meneem Fouad, représentant du grand imam cheikh Ahmed el Tayeb, ainsi que des responsables des Églises d'Orient. À l'issue de la conférence, tous ont signé une « proclamation de Paris » - un texte dont le contenu dépasse la seule portée symbolique (2).
Longtemps ignorée, la situation des chrétiens d'Orient suscite un regain d'intérêt. Le moment charnière se situe à l'été 2014 avec l'offensive des djihadistes de l'État islamique (EI) dans la plaine de Ninive au nord de l'Irak. On demande alors aux chrétiens qui n'ont pas fui de payer l'impôt spécial ou de se convertir à l'islam sous peine d'être tués. Placardée sur les murs des maisons des chrétiens de Mossoul, la lettre arabe « nûn » - allusion au terme péjoratif de « nazaréen » - fait le tour du monde. Repris sur les réseaux sociaux pour dénoncer le massacre de chrétiens en Irak, ce symbole a été arboré par un grand nombre de personnalités politiques françaises, essentiellement de droite.
Dans la foulée, des groupes d'études sur les chrétiens d'Orient se constituent à l'Assemblée nationale puis au Sénat. C'est que le sujet contient une forte charge émotionnelle : des hommes et des femmes sont menacés dans leur existence au motif qu'ils perpétuent leur foi et leurs traditions sur une terre biblique en proie au chaos. Situation paradoxale, alors que leur nombre s'amenuise inexorablement, ils n'ont jamais été aussi visibles dans l'espace public. Les exactions dont ils sont victimes font l'objet d'une intense médiatisation. Et l'on ne compte plus les campagnes de communication, bien souvent orchestrées par des ONG de création récente - SOS chrétiens d'Orient, Action chrétienne en Orient, Comité de soutien aux chrétiens d'Orient... - ou plus anciennes comme l'OEuvre d'Orient et Aide à Église en détresse.
Les douze millions de chrétiens de la région sont aujourd'hui confrontés à plusieurs défis majeurs : une cohabitation périlleuse avec un islam de plus en plus intolérant ; les répercussions du conflit israélo-palestinien ; la recherche d'une unité introuvable ; et, enfin, la nécessité de se débarrasser d'une représentation victimaire.


Les descendants des premiers chrétiens


Multiple et complexe, la mosaïque des Églises d'Orient a pour ainsi dire l'âge du Christ. C'est à Antioche vers l'an 43, sur le territoire de la Syrie historique, que le nom de « chrétien » a été donné pour la première fois aux disciples de Jésus. L'apport de la culture et du patrimoine intellectuel des Syriaques, qui …