Les Grands de ce monde s'expriment dans

Le rêve taïwanais de Xi Jinping


« Une nécessité pour la grande réjuvénation de la nation chinoise dans la nouvelle ère ». C'est en ces termes que Xi Jinping a évoqué la « réunification » avec Taïwan lors d'un discours majeur prononcé le 2 janvier 2019, donnant le ton d'une année cruciale pour les relations entre les deux rives. La « nouvelle ère », dont il a annoncé l'avènement lors du 19e Congrès du Parti communiste chinois qui l'a reconduit au pouvoir en octobre 2017, est celle de la quête de puissance. Selon les commentateurs chinois, la première ère - sous Mao - fut celle de la construction d'un État souverain ; elle a mis fin au siècle des humiliations, marquées par le semi-colonialisme et les guerres. Lui succéda une seconde ère d'enrichissement à partir des réformes de Deng Xiaoping qui propulsèrent la Chine au rang de deuxième économie mondiale. Ces deux phases de trente ans s'ouvrent donc sur une troisième période tendue vers un objectif majeur : faire de la Chine en 2049, l'année du centième anniversaire de la fondation de la République populaire, un « leader global en termes de puissance nationale et d'influence internationale ». Taïwan est la condition nécessaire à la réalisation de ce projet.
Or tous les sondages le montrent : la population taïwanaise n'est pas intéressée par une réunification. D'après les données recueillies par le Centre d'études des élections de l'Université nationale Chengchi à la fin 2018, 55 % des habitants se considèrent comme d'identité taïwanaise, 37 % d'identité chinoise et taïwanaise, et seulement moins de 5 % d'identité chinoise. À peine 3 % souhaitent une réunification « aussi rapidement que possible » et un peu plus de 12 % le « maintien du statu quo pour évoluer graduellement vers l'unification ». L'écrasante majorité préfère la prolongation indéfinie du statu quo (24 %), une évolution graduelle vers l'indépendance (15 %) ou une décision ultérieure (33 %), alors que seuls 5 % se prononcent en faveur d'une déclaration d'indépendance immédiate. Les chiffres sont éloquents : la probabilité d'un vote de la population taïwanaise en faveur d'une « réunification » pacifique est, pour le moment en tout cas, égale à zéro.
À court terme, les efforts de la Chine se concentrent sur deux scrutins à l'issue incertaine : les élections présidentielle et législatives qui auront lieu à Taïwan au début de 2020. Les Taïwanais reconduiront-ils le mandat de Tsai Ing-wen à la tête de la République de Chine à Taïwan ? La présidente parviendra-t-elle à rassembler son camp, le Parti démocrate progressiste (DPP), de tendance indépendantiste et identitaire, alors qu'elle est critiquée par les indépendantistes les plus radicaux pour sa gestion prudente des relations entre les deux rives ? Les électeurs préféreront-ils remettre les clés de l'île au Kuomintang (KMT), actuellement dans l'opposition et qui fut au pouvoir de 1945 à 2000, puis de 2008 à 2016 ? Tombeur de la dynastie Qing, résistant héroïque à l'invasion japonaise mais vaincu par les communistes, chef d'orchestre du miracle économique de Taïwan au prix …