Mes solutions pour Israël

n° 163 - Printemps 2019

Il est le premier ministre israélien qui aura fait - mieux encore qu'Ehoud Barak - la plus généreuse proposition de paix à Mahmoud Abbas. Une main tendue à laquelle la délégation palestinienne n'a jamais répondu.
Pourtant, c'est dans les rangs de la droite conservatrice qu'Ehoud Olmert a passé la plus grande partie de sa carrière politique. Né en 1945 en Palestine mandataire, il a grandi avec le jeune État d'Israël. Élu à la Knesset pour la première fois en 1973 sous l'étiquette du Likoud, il est cette année-là le plus jeune député à siéger sur les bancs de l'unique Chambre du Parlement israélien.
Opposé à ses débuts à toute concession territoriale, il vote même contre l'accord de Camp David initié par le premier ministre de droite Menahem Begin en 1978 - accord qui permettra de signer un traité de paix avec l'Égypte en échange de la restitution du Sinaï. Mais sa vision évolue progressivement : en 2003, après dix années passées au poste de maire de Jérusalem, il devient le bras droit et le vice-premier ministre d'Ariel Sharon, et lance à ses côtés un plan unilatéral de désengagement de la bande de Gaza.
En mars 2006, il devient premier ministre par intérim après l'attaque cérébrale de M. Sharon. Des élections anticipées sont organisées. Kadima, le parti de centre droit que M. Olmert vient de créer, remporte la victoire avec un programme prévoyant un retrait massif de Cisjordanie.
Premier ministre d'Israël de 2006 à 2009, il sera l'un des plus fervents défenseurs de la création d'un État palestinien. Mais il est mis en cause dans plusieurs affaires de corruption et doit démissionner en 2009, laissant le poste de premier ministre à Benyamin Netanyahou. Ses ennuis judiciaires lui valent finalement de passer seize mois en prison, en 2016-2017. Une période qu'il met à profit pour rédiger ses Mémoires.
Il y a un an, Ehoud Olmert a retiré la demande de suppression de son casier judiciaire qu'il avait adressée au président Reuven Rivlin, estimant que cette démarche, indispensable pour qu'il puisse envisager un retour en politique, n'avait aucune chance d'aboutir. Quoi qu'il en soit, Ehoud Olmert reste l'un des meilleurs analystes de la vie publique israélienne et des relations israélo-palestiniennes.
M. D.


Myriam Danan - Au moment de votre démission, en 2009, vous étiez en pleine négociation de paix avec les Palestiniens. Avez-vous le sentiment d'un travail inachevé ?
Ehoud Olmert - Bien sûr. J'étais convaincu que nous nous trouvions à un tournant historique du processus de paix, que nous étions sur le point de conclure un accord pérenne. C'était indispensable, et nous y étions prêts. D'ailleurs, le jour où un accord de paix sera signé entre Israéliens et Palestiniens, que ce soit dans cinq ans ou dans cinquante ans, il ressemblera globalement à ce que j'avais programmé. Il n'y aura pas d'autre accord parce qu'il ne peut pas y avoir d'autre forme d'entente. J'avais approuvé les frontières du futur État palestinien sur la base des frontières de 1967 avec, bien sûr, quelques échanges de territoires. J'avais accepté, également, que la partie juive de Jérusalem soit la capitale de l'État d'Israël et que la partie arabe de Jérusalem soit la capitale des Palestiniens. J'avais, enfin, accepté que la gestion des Lieux saints ne soit placée ni sous souveraineté israélienne ni sous souveraineté palestinienne mais sous souveraineté internationale (par exemple celle de l'ONU), et que la question des réfugiés soit résolue dans le cadre de la proposition de paix de la Ligue arabe (1). Évidemment, cette proposition était surtout symbolique. Sur cette question, même Mahmoud Abbas ne voulait qu'un geste symbolique (2). Concrètement, il s'agissait d'autoriser quelques milliers d'Arabes à s'installer en territoire israélien, avec un droit de veto des autorités israéliennes sur les dossiers présentés.
Jamais il n'y aura de meilleure proposition. Israël peut-il envisager des frontières qui réduiraient son territoire à une superficie inférieure à ce qu'elle était avant la guerre de 1967 ? Évidemment pas.
M. D. - Vous avez sans doute été le premier ministre israélien le plus généreux dans les négociations menées avec les Palestiniens, plus encore qu'Ehoud Barak. Pourtant, les Palestiniens vous ont dit non...
E. O. - Ils n'ont pas dit non... mais ils n'ont pas dit oui. En fait, ils n'ont pas répondu ! Et je sais qu'ils le regrettent aujourd'hui. Mahmoud Abbas a reconnu à plusieurs reprises avoir commis une erreur à l'époque. Saëb Erekat (3) a tenu des propos similaires. Je pense qu'ils sont conscients que, comme je viens de vous le dire, la proposition que je leur ai faite était la plus généreuse possible, et qu'ils n'en recevront jamais une meilleure.
M. D. - Pensez-vous que, à l'avenir, un autre premier ministre israélien sera prêt à aller aussi loin que vous en 2009 ?
E. O. - Je ne sais pas. Ce que je sais, c'est que si Israël se refuse à réitérer une telle proposition, il n'y aura pas de paix. Les Palestiniens ne pourront jamais accepter un texte qui comprendrait moins que ce j'ai déjà proposé. Mais, encore une fois, ils ne recevront pas non plus davantage, jamais. Parce qu'il est impossible de leur donner plus.
M. D. - Peut-être n'y aura-t-il pas d'accord de paix du tout. La droite, …