Quel avenir pour le Brésil ?

n° 163 - Printemps 2019


Le 28 octobre 2018, les Brésiliens font un saut dans l'inconnu. Jair Bolsonaro, un ancien capitaine de l'armée, est élu président de la République avec 55 % des suffrages. Alors que le pays subit les effets d'une crise politique, économique et sociale qui s'éternise depuis plusieurs années, la victoire d'un candidat d'extrême droite - une première depuis le retour de la démocratie, en 1985 - est l'expression d'un profond malaise. Jair Bolsonaro a su capter cette insatisfaction en dénonçant avec virulence la corruption des gouvernements du Parti des Travailleurs (PT), qu'il accuse de tous les maux.
Les premiers mois aux affaires du nouveau chef de l'État, investi le 1er janvier 2019, ne sont pas de tout repos. Il est lui-même confronté à des accusations de corruption visant sa formation, le Parti social-libéral (PSL), ainsi que son entourage le plus proche, à savoir sa femme et ses enfants (1). Le 18 février 2019, il a dû limoger l'un de ses fidèles, le secrétaire général de la présidence Gustavo Bebianno, soupçonné d'avoir détourné des fonds publics par le biais de versements à des candidats « de paille » lors des élections législatives. Par surcroît, le Parlement issu de ces législatives tenues de manière concomitante avec le premier tour de la présidentielle, le 7 octobre 2018, est extrêmement morcelé, et le chef de l'État peine à constituer une majorité parlementaire solide. Enfin, on assiste, au sein de l'équipe au pouvoir, à l'émergence d'une confrontation de plus en plus marquée entre deux camps que l'on peut schématiquement qualifier d'« idéologue » et de « pragmatique ».
Dans ce contexte tendu, des doutes apparaissent au sein de l'électorat, majoritairement populaire, de M. Bolsonaro et, aussi, parmi les milieux d'affaires qui, attirés par sa promesse de libéraliser l'économie, avaient largement soutenu sa candidature malgré ses nombreux propos racistes, misogynes, homophobes et, de manière générale, contraires aux valeurs des démocraties libérales.
Quels sont les facteurs explicatifs de la crise politique, économique et morale que le Brésil traverse depuis près d'une décennie ? Comment un inconnu, dénué de réseaux politiques et économiques conséquents, a-t-il réussi à se faire élire à la tête de la principale puissance sud-américaine? Sera-t-il en mesure de gouverner malgré le bras de fer opposant les « idéologues » aux « pragmatiques » et de faire voter les diverses mesures de son ambitieux programme par le Parlement ?


Aux origines de la crise brésilienne


Du triomphalisme à la désillusion


Au début de cette décennie, le Brésil semble vivre un rêve éveillé. Le 1er janvier 2011, Lula, la figure mythique du PT, quitte le palais du Planalto (le siège de la présidence de la République) avec 87 % d'opinions favorables et l'aura du « leader politique le plus populaire du monde », pour paraphraser Barack Obama (2). Rien ne semble pouvoir freiner l'ascension de ce pays de plus de 200 millions d'habitants, considéré comme le « champion des émergents » (3). Sur le plan intérieur, les mesures sociales mises en place par les gouvernements de Lula …