Vie et destin de Vladimir Poutine

n° 180 - Été 2023

Vassilissa la Belle est un conte slave. Dans sa version russe comme dans sa version ukrainienne, l’héroïne entre en possession d’un crâne dont les yeux vides se fixent sur sa marâtre et sur ses sœurs. Ces dernières ont beau tenter de fuir ou de se cacher, le regard du crâne les poursuit sans relâche jusqu’à ce qu’il ne reste d’elles que des cendres. L’histoire de Vassilissa la Belle serait-elle une allégorie de ce qui attend Vladimir Poutine dans quelques années (1) ?

Depuis que la Russie a décidé d’envahir entièrement le territoire ukrainien en février 2022, certains prônent ouvertement son assassinat, tandis que d’autres, beaucoup plus nombreux, appellent à le traduire en justice. Mais a contrario l’exemple de Bachar el-Assad — dont le pays vient d’être réintégré dans la Ligue arabe en dépit des crimes commis par le président syrien contre son propre peuple — montre que l’avenir n’est pas tracé. Qui sait si Vladimir Poutine, finalement pardonné, ne se retirera pas de lui- même du pouvoir pour finir paisiblement ses jours en Russie ?

En attendant, le sort du chef de l’État russe soulève plusieurs questions : Vladimir Poutine peut-il réellement être poursuivi ? Dans l’affirmative, quelles seraient les juridictions compétentes ? Pourrait-il être arrêté ? Ne risque-t-il pas, d’ici là, d’être éliminé ? Après tout, c’est en cendres que le crâne de Vassilissa la Belle réduit les personnes coupables du pire…

Des appels à l’élimination du président russe

En février 2022, un milliardaire russe basé en Californie, Alex Konanykhine, a mis à prix la tête du président russe pour un million de dollars. De son côté, le sénateur américain Lindsey Graham n’hésitait pas à écrire le 4 mars 2022 sur les réseaux sociaux : « N’y a-t-il aucun Brutus en Russie ? La seule façon d’arrêter cette guerre est d’éliminer Vladimir Poutine. »

Indépendamment de toute considération morale, il est évident qu’un tel acte serait contraire au droit international. L’Ukraine a un droit de légitime défense (2), mais assassiner le chef d’État russe n’en fait pas partie. Comme en droit interne, nul ne peut se faire justice soi-même. La vengeance empêche d’établir les faits, d’entendre les témoins, d’examiner les preuves, d’écouter les accusés, de reconnaître le préjudice des victimes, de sanctionner les coupables et de construire le plus objectivement possible la mémoire des événements, dont la société a besoin elle aussi pour se reconstruire. Les pays du continent européen membres du Conseil de l’Europe ayant tous aboli la peine de mort, y compris en temps de guerre (3), un tel assassinat ciblé les affaiblirait en les contraignant à renoncer à leurs valeurs, et risquerait de faire de Vladimir Poutine un martyr. Sa mort ne garantirait pas non plus l’arrêt des hostilités : comment être sûr que son successeur ne serait pas encore plus belliqueux ?

Il reste une évidence qui dépasse la simple analyse juridique : la guerre actuellement menée en Ukraine est intimement liée à la décision personnelle de Poutine. Si elle portait un nom, ce serait …