
Membre du Fatah, président du Jerusalem Development Fund, Samer Sanijlawi est un opposant à Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne. Natif de Jérusalem, il tente depuis trente ans d’établir des ponts entre Israéliens et Palestiniens, dont il défend la coexistence. Il milite aussi pour des réformes démocratiques au sein de l’Autorité palestinienne. Entré au Fatah à 14 ans, pendant la première Intifada, il a été condamné à cinq ans de prison par les Israéliens pour « actes de violence ». C’est là, comme d’autres prisonniers palestiniens, qu’il a appris l’hébreu. À sa libération, il devient secrétaire international du mouvement de jeunesse du Fatah et, à ce titre, rencontre souvent ses homologues israéliens. Aujourd’hui, il est un proche collaborateur de Mohamed Dahlan, l’ancien chef de la sécurité de l’Autorité palestinienne à Gaza, qui a lutté contre le Hamas puis contre Mahmoud Abbas et vit en exil à Abou Dhabi. Samer Sanijlawi parle à tout le monde sur la scène politique israélienne. Il rencontre régulièrement des membres de la Knesset.
Isabelle Lasserre — En quoi la victoire de Trump change-t-elle la donne au Proche-Orient ?
Samer Sanijlawi — Elle change tout, et pas seulement au Moyen-Orient Le meilleur exemple est l’accord sur la libération des otages. Joe Biden l’avait mis sur la table en mai 2024. À l’époque, son secrétaire d’État Antony Blinken s’était rendu dans la région à dix reprises en un mois et, en tout, vingt fois depuis le début de la guerre. En vain. Il n’avait jamais réussi à obtenir le moindre cessez-le-feu. Cet accord, Donald Trump l’a scellé à peine élu, sans poser un orteil au Proche-Orient, en un tweet.
Donald Trump est un homme que personne n’ose défier ni contredire, et il en joue. Il sait qu’il est l’individu le plus puissant sur terre et que les États-Unis sont la première puissance mondiale. Il se fiche des règles, des lois, du droit international ; la seule chose qui l’intéresse, ce sont les intérêts américains, et toutes ses décisions sont prises en fonction de cette priorité. Pourquoi va-t-il si vite ? Parce qu’il n’a que deux ans devant lui : s’il perd sa majorité à la Chambre des représentants et au Sénat après les élections de midterm, il sera obligé de mener une politique plus nuancée. L’ère Trump va donc durer deux ans au moins. Le Moyen-Orient doit s’y préparer et réfléchir à la manière d’y survivre.
I. L. — Comment jugez-vous l’ensemble de la politique proche-orientale de Trump ?
S. S. — Malgré ses déclarations sur la relocalisation des Gazaouis, il n’est pas idéologiquement aligné sur l’extrême droite israélienne. Je pense que ses propos partaient d’une bonne intention, qu’il cherchait vraiment une solution pour apaiser la souffrance des 2,3 millions de Palestiniens de Gaza. Je pense aussi que son objectif était réellement de reconstruire Gaza. Si c’est le cas, nous allons pouvoir le convaincre que cette reconstruction peut se faire sans avoir à évacuer les Palestiniens, que leur relocalisation n’est pas forcément la meilleure idée. Alors, il changera de politique. Surtout si l’on autorise les entreprises américaines à investir à Gaza puisque, au fond, c’est tout ce qui l’intéresse. Donald Trump ne prend pas que des initiatives malheureuses. Elles pourraient même se révéler très positives. Wait and see, comme on dit.
I. L. — Essaie-t-il d’imposer une solution au Proche-Orient comme il le fait en Ukraine ?
S. S. — Les Américains ont parfois tendance à brusquer les choses. S’ils les poussent dans la bonne direction, ce sera une excellente nouvelle pour les deux parties. Peut-être les Palestiniens ne le réalisent-ils pas encore mais, avec Trump, ils ont autant à gagner que les Israéliens. Car la fin de la guerre et la libération des otages permettront, à terme, une normalisation des relations et ouvriront la voie à un État palestinien. Ce qui est certain, c’est que nous avons besoin de cette impulsion et que Trump peut la donner.
I. L. — Les accords d’Abraham constituent-ils, selon vous, un pas dans la bonne direction ? Pensez-vous que l’Arabie saoudite les rejoindra ?
S. S. …
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