Les Grands de ce monde s'expriment dans

Trump le dynamiteur

Politique Internationale Comment expliquez-vous que Donald Trump refuse de condamner l’agression russe contre l’Ukraine ?

Michel Yakovleff — Trump donne clairement des gages à Poutine et tente, dans le même temps, de délégitimer Zelensky, qu’il va jusqu’à traiter de dictateur. On est dans une inversion totale des valeurs. Je voudrais juste rappeler que Zelensky a été élu à la régulière, ce qui n’est pas le cas de Poutine. Si les élections avaient lieu demain matin, peut-être ne serait-il pas réélu, comme Churchill en 1946. Mais lui reprocher, comme le fait Trump, de ne pas avoir remis son mandat en jeu est un argument absolument irrecevable. Seuls les Américains ont organisé des élections en période de guerre, pour une raison simple : leur territoire n’a jamais été envahi. La France et la Grande-Bretagne n’ont tenu d’élections ni pendant la première guerre mondiale ni pendant la seconde. On ne fait pas campagne et on ne vote pas sous les bombes.

Les propos de Trump trahissent en tout cas une méconnaissance totale de l’Histoire et sont d’autant plus choquants qu’ils émanent du représentant d’un pays qui se prétend la mère des démocraties. Quelle est l’explication ? Sans aller jusqu’à affirmer que Trump est un agent du FSB — encore que certains indices pointent dans cette direction (je rappelle que son empire immobilier a été sauvé de la faillite par deux fois grâce aux banques russes) —, il est certain que tout ce qu’il fait et tout ce qu’il dit depuis deux ans va dans le sens des Russes. C’est plus qu’inquiétant.

P. I. N’y a-t-il pas surtout chez lui une sorte de fascination pour les leaders forts ?

M. Y. — Il éprouve la fascination des faibles pour les forts. Je pense que, fondamentalement, Trump est un faible, à la fois moralement et mentalement, qui se fait passer pour un fort. Il est éperdu d’admiration devant ces gens. C’est un profil psychologique — voire psychiatrique — assez intéressant.

P. I.Nombre d’observateurs ont évoqué le précédent de Munich en 1938. À Munich, les démocraties se sont couchées devant l'agresseur. La différence, c’est qu’aujourd’hui non seulement la démocratie américaine se couche devant 1’agresseur mais, par surcroît, elle l’absout de tous ses crimes. N’a-t-on pas franchi un degré de plus dans l’ignominie ?

M. Y. — Absolument. On est dans l’abjection totale. À Munich, le camp occidental avait choisi de lâcher la Tchécoslovaquie parce qu’il n’était pas prêt à faire face à la menace de l’Axe et qu’il avait besoin de temps pour se mettre en ordre de bataille. Le calcul était cynique, mais au moins il était rationnel. Avec Trump, en revanche, il n’y a même pas la moindre justification stratégique. En 1938, l’Allemagne de Hitler était beaucoup plus puissante que les démocraties européennes alors que la Russie de Poutine de février 2025 est, elle, au bord de l’effondrement : en trois ans son armée n’a-t-elle pas démontré son incompétence et son incapacité à l’emporter sur un petit pays cinq fois moins peuplé ?

Trump a décidé d’offrir …