Écrire sur le conflit israélo-palestinien est un exercice qui exige que l’on fasse un sort à trois présupposés inexacts. Le premier consiste à penser que ce conflit serait nécessairement plus complexe que les autres ; or le Caucase, le Soudan ou l’Afrique des Grands Lacs ne constituent pas des zones moins compliquées — ni moins meurtrières — tant s’en faut ! La deuxième erreur est de croire que ledit conflit irradie d’une toxicité géopolitique particulière tout le Moyen-Orient, voire le monde entier ; il est vrai que des irresponsables à travers la planète tentent d’importer le conflit (y compris, hélas, en France) et que des gouvernements sont affectés par des montées aux extrêmes ; mais il est tout aussi juste que rarissimes furent, au cours de ces dernières décennies, les régimes ou les économies à avoir sombré du fait du conflit israélo-palestinien ! Enfin, le conflit serait si « profond » et/ou « inextricable » qu’il ne pourrait connaître dénouement ou solution ; cette posture décliniste, sinon apocalyptique, n’a aucune valeur analytique et traduit une paresseuse démission au profit des extrémistes attendant l’Armageddon.
On proposera ici, succinctement, une contextualisation de ce conflit proche-oriental, puis des perspectives de règlement durable.
Des invariants
L’instrumentalisation du religieux au profit du politique
Ce phénomène n’est ni nouveau ni exclusif au Proche-Orient. Néanmoins, depuis au moins les années 1990 — période au cours de laquelle l’islamisme a partiellement supplanté dans le monde arabe le nationalisme nassériste et baasiste (1) — il constitue davantage qu’autrefois et qu’ailleurs un facteur d’aggravation des tensions. Le leader palestinien Yasser Arafat, cofondateur d’une OLP laïque et marxisante, acheva sa carrière de quarante années en appelant au Djihad ; quant à l’Israélien laïque Benyamin Netanyahou, il se rend après chacun de ses nombreux succès électoraux au très sanctifié Mur des Lamentations (Kotel haMaaravi) et non dans une base militaire, une école ou un chantier de construction. Cette tendance se perçoit dans l’ensemble de la région ; or négocier des territoires en invoquant la transcendance ou menacer d’entrer en guerre pour des motifs théologiques n'augure jamais rien de facile…
Passion/répulsion pour les frontières établies jadis du dehors
Le problème de la quasi-totalité des frontières proche-orientales n’est pas qu’elles sont le fruit de rapports de force — c’est là le propre des frontières depuis la Haute Antiquité —, mais qu’elles ont été fixées par des puissances étrangères à la région, pour l’essentiel au début du XXe siècle. Les forces politiques musulmanes conservatrices accusent la France et Royaume-Uni d’être des puissances « croisées » ayant fracturé l’Oumma (communauté des croyants), oubliant que quantité de leurs choix frontaliers épousèrent d’anciennes limites administratives ou politiques de… l’empire turc ottoman (2) ! Quant aux nationalistes classiques, ils usent de l’argutie anti-ex-impérialiste pour remettre en cause des frontières, les spoliant de leur (prétendu) espace originel (tribus arabes transhumant jadis dans la péninsule Arabique, grand Israël, grande Palestine, grande Syrie, etc.). Enfin, chaque État proche-oriental a déjà tenté, une fois son indépendance acquise, de modifier les frontières à des fins géostratégiques (plateau du Golan entre Syrie et Israël) et/ou pétrolières et gazières (bisbilles entre …
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