Les Grands de ce monde s'expriment dans

L’Estonie en première ligne

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Isabelle LasserrePensez-vous que l’action de Donald Trump au Venezuela pourrait encourager Vladimir Poutine à élargir le périmètre de sa guerre en Ukraine et dans la région ?

Kristen Michal — J’espère que non. Nicolas Maduro figurait sur la liste des amis Facebook de Poutine, il était un dirigeant illégitime et je pense que personne ne le regrettera. Ce qui nous sépare, nous, le camp démocratique, de la Russie et des dictateurs, c’est notre conviction que l’avenir du Venezuela appartient aux Vénézuéliens eux-mêmes, qui devraient pouvoir élire librement les dirigeants de leur choix. Honnêtement, je ne vois pas ce que ça changera pour la Russie. Vladimir Poutine a toujours trouvé des prétextes pour justifier sa politique d’agression et, sauf erreur, il n’a pas attendu l’intervention américaine au Venezuela pour attaquer ses voisins, tuer des enfants innocents et bombarder les installations énergétiques et civiles de l’Ukraine ! Il n’a pas besoin de l’excuse Maduro pour continuer. En revanche, le traitement réservé au président vénézuélien pourrait servir de modèle pour se débarrasser d’autres dictateurs…

I. L.Si Trump décide d’annexer le Groenland, quelles seront les conséquences pour l’Europe ?

K. M. — Le destin du Groenland doit être décidé par les Danois, car le Groenland fait partie du Danemark et le Danemark fait partie de l’OTAN, au même titre que les États-Unis. Jusqu’à preuve du contraire, les alliés de l’Alliance atlantique se parlent encore aujourd’hui avec respect et ils continuent à débattre entre eux des questions de sécurité. Si les Américains s’interrogent sur la meilleure façon d’assurer la sécurité dans l’Arctique, ils n’ont qu’à en discuter avec le Danemark, dont la première ministre Mette Fredriksen a répété à plusieurs reprises que son pays allait investir davantage au Groenland. Quant au soutien des Européens, il ne fait aucun doute puisqu’ils ont déclaré que le Groenland est une partie du Danemark. En un mot, nous espérons que cette question sera résolue au plus haut niveau entre les membres de l’OTAN. Dois-je vous préciser que si un membre important de l’OTAN attaque un autre membre de l’OTAN, cela fera très plaisir à Vladimir Poutine, qui veut la mort de l’Alliance, ainsi qu’à tous ceux qui souhaitent déstabiliser le camp occidental ?

I. L.Croyez-vous que ce soit une possibilité ?

K. M. — Là encore, j’espère que non. J’ai participé au sommet de l’OTAN à La Haye l’année dernière. Trump était là et il a déclaré qu’il attendait de l’Europe qu’elle contribue davantage à sa défense. C’est ce qu’elle a fait. L’Estonie, par exemple, a cette année un budget de défense supérieur à 5 % de son PIB. La Lituanie dépasse les 5 %, tout comme la Pologne. Tous les pays nordiques augmentent leurs dépenses militaires. Il n’y a donc aucune raison que Donald Trump n’honore plus son engagement au sein de l’Alliance. Que les ennemis de l’OTAN se le tiennent pour dit : nous ne leur ferons pas le cadeau de nos querelles.

I. L.D’une manière plus générale, pensez-vous que Trump représente une chance pour la sécurité …