Isabelle Lasserre — Amiral, est-ce que l’idée qui court d’une moindre implication des États-Unis dans l’OTAN est, selon vous, un fantasme ou une réalité ?
Amiral Pierre Vandier — Les deux, c’est à la fois un fantasme et une réalité. Le fantasme, c’est le départ. Pour de nombreuses raisons, il n’y aura pas de départ américain. Il y a d’abord un attachement assez fort du Congrès à l’OTAN, et donc une masse suffisante de sénateurs qui forment une corde de rappel pour la politique extérieure américaine. Ensuite, on ne le dit pas assez, mais les États-Unis sont des bénéficiaires nets de l’OTAN en termes de sécurité. Globalement, l’Alliance leur assure un secteur géographique bien tenu. L’OTAN reste donc importante pour les Américains. En revanche, la réalité, c’est la moindre implication. Les Européens ne mesurent pas toujours pleinement que les États-Unis font face à un dilemme stratégique depuis plusieurs années. Cela a été bien dit par Graham Allison dans son livre Le Piège de Thucydide. L’appareil militaire des Américains ne leur permet plus de traiter simultanément deux crises majeures, une en Europe et une en Chine. Ils ont bien compris que Vladimir Poutine est revenu sur les termes de la chute du Mur mais, de l’autre côté, ils sont face à une puissance militaire chinoise qui demande un effort considérable sur le plan stratégique et militaire. Ils ne peuvent plus se substituer durablement aux responsabilités que les Européens doivent assumer. C’est la raison pour laquelle ils ont pris le parti résolument énergique d’inciter l’Europe à ce qu’elle assure ses obligations, comme le rappelle l’article 3 du Traité de Washington (1). Donc, moins d’implication, oui, mais un départ, certainement pas. Mais au-delà, en cas de moindre engagement militaire américain, on peut se poser la question de quelle forme de coordination et d’influence politique subsisterait dans la relation transatlantique, et comment les Européens assumeraient-ils davantage de responsabilités dans ce cadre ?
I. L. — Moins d’implication, qu’est-ce à dire concrètement ? Dans quels domaines les Américains pourraient-ils moins s’impliquer ?
P. V. — Les Etats-Unis pourraient diminuer la contribution de leurs forces aux plans de l’OTAN et dire aux Européens qu’il leur revient désormais de remédier aux déficits capacitaires que cela crée. Certaines seront facilement comblées, d’autres le seront plus difficilement et demanderont plus de temps et d’argent.
I. L. — Et leur participation à la défense de l’Europe dans le domaine nucléaire ?
P. V. — Les bombes américaines, B61-12, sont toujours stationnées dans plusieurs bases militaires en Europe, sous contrôle des États-Unis. Il n’a jamais été question de remettre en cause le rôle des Etats-Unis dans la dissuasion nucléaire de l’Alliance.
I. L. — Depuis des décennies, on parle d’une défense purement européenne. Que pensez-vous du concept, et que pensez-vous des raisons pour lesquelles il n’a jamais abouti ?
P. V. — Dans les traités européens, la défense reste une responsabilité des États. En l’état actuel, la défense européenne n’a pas de réalité matérielle comparable à l’OTAN. Il y a bien une agence (2) qui coordonne …
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