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Proche-Orient : une solution «à trois États»?

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Politique InternationaleDans les relations israélo-palestiniennes, croyez-vous toujours à la solution dite « à deux États » ? Selon vous, quelle devrait être la politique à adopter au Moyen-Orient ?

John Bolton — Pour moi, la solution à deux États est morte. Elle l’était probablement même avant le 7 Octobre. L’opinion publique israélienne n’acceptera jamais un État palestinien sans avoir la garantie qu’il ne deviendra pas un État terroriste. Or les attaques du 7 Octobre ont prouvé que ce risque est bien réel.

P. I.Si la solution à deux États n’existe plus, quel statut préconisez-vous pour la Cisjordanie ?

J. B. — Quelles que soient les suggestions du plan Trump, je défends, moi, ce que j’appelle la « solution à trois États » : rattacher Gaza à l’Égypte et une partie de la Cisjordanie à la Jordanie.

Concrètement, Israël et la Jordanie pourraient négocier un accord qui donnerait à Amman une forme de souveraineté ou d’autorité sur les territoires palestiniens de Cisjordanie. Une telle démarche s’appuierait sur le traité de paix israélo-jordanien existant. La Jordanie a déjà gouverné la Cisjordanie avant 1967, donc il existe un précédent.

Certes, la situation est compliquée à cause des colonies israéliennes, mais un accord bilatéral entre Israël et la Jordanie pourrait offrir une base réaliste, bien plus qu’un État palestinien indépendant.

P. I.Israël garderait donc le contrôle sécuritaire ?

J. B. — Oui, en particulier le long de la vallée du Jourdain et sur les hauteurs environnantes. Le reste du territoire — ou, en tout cas, une partie —pourrait être relié économiquement et politiquement à la Jordanie. La Cisjordanie a évolué très différemment de Gaza, et il faut en tenir compte.

P. I.Et les colonies israéliennes ?

J. B. — Elles resteront. C’est une réalité. Il faudra délimiter des zones palestiniennes et les rattacher à la Jordanie, mais il n’y aura pas d’État palestinien indépendant. En un sens, la « Palestine » s’appellerait désormais la Jordanie.

P. I.Mais qui, selon vous, soutiendrait un tel scénario ? Est-ce la vision dominante en Israël ? Et qu’en est-il des pays arabes et des États-Unis ? Ont-ils vraiment la volonté d’abandonner la solution à deux États ?

J. B. — Pour l’instant, personne n’a envie de s’engager fortement. Les pays du Golfe, par exemple, veulent tourner la page. Ils se concentrent sur leur développement économique, la diversification de leurs économies, les investissements, et ils sont fatigués de la question palestinienne.

P. I.Mais l’Arabie saoudite, par exemple, menace de ne jamais rejoindre les accords d’Abraham si la question palestinienne reste sans solution…

J. B. — C’est vrai, et la situation est très délicate. Mais la réalité est là : la Palestine n’existe pas comme État. En droit international, il faut des frontières définies, une population identifiée et un gouvernement effectif. Aucune de ces conditions n’est remplie.

Certains pays comme la France ou le Royaume-Uni peuvent reconnaître un État palestinien, mais cela ne le rend pas réel pour autant. Le 7 Octobre a marqué une rupture : avant cette date, le débat existait ; après, il est …