Le grand patron du complexe militaro-industriel russe est un proche de Vladimir Poutine. Un de ses plus anciens compagnons de route, son voisin de palier lorsque tous deux servaient en RDA à la fin des années 1980. Si proche qu’il fait partie des très rares en position de peser lourd le jour où il faudra choisir un successeur au maître du Kremlin. Un personnage extrêmement puissant, à l’impressionnant réseau dans les cercles du pouvoir russe, qui peut à la fois tutoyer les pontes de la Loubianka et financer de grands médias d’opposition (sic).
$Une photo en noir et blanc des années 1980 montre un Vladimir Poutine avec rouflaquettes et cheveux tombant sur les oreilles, portant un épais col roulé en laine à larges rayures, attablé avec Sergueï Tchemezov. Les deux hommes sont joyeux et entourés d’amis ou de collègues. Peut-être même chantent-ils. Un accordéon est de la partie. C’est à cette époque-là, lorsqu’ils servaient pour le KGB à Dresde, en RDA, que remontent l’amitié et la proximité de ces deux personnages.
Pas étonnant qu’en 2004 l’ami Vladimir, devenu président, nomme son vieux compagnon de route, né comme lui en 1952, à la tête de RosoboronExport, l’agence d’État chargée de l’exportation des productions du complexe militaro-industriel russe. Trois ans plus tard, il est « promu » au sommet du dudit complexe militaro-industriel : le voici directeur général de Rostec, la holding publique qui chapeaute une grosse partie du secteur. Des centaines d’entreprises. Dans la Russie guerrière de M. Poutine, héritière de la non moins belliqueuse URSS, ce n’est pas rien !
Deux décennies plus tard, le discret Sergueï Tchemezov règne non seulement sur le secteur qui lui a été confié par Vladimir Poutine, mais pèse lourd sur la vie du régime. Il a ses hommes partout, participe aux débats qui font rage parmi les cercles dirigeants de la Fédération de Russie — du niveau des taux directeurs de la Banque centrale à la dose de libéralisme qu’il convient d’autoriser dans les interstices du pouvoir — et défend son rang dans le panier de crabes de la politique russe, entre le maire de Moscou à qui l’on prête des ambitions présidentielles aux caciques des siloviki (structures de force : FSB, Garde nationale, bureau du procureur général, etc.). Au point d’apparaître comme un possible faiseur de tsars le jour où Vladimir Poutine quittera le Kremlin, pour une raison ou pour une autre. Un faiseur de tsars qui, le moment venu, se trouvera en compétition avec d’autres faiseurs de tsars, comme Iouri Kovaltchouk (1), ami du président depuis l’époque de Saint-Pétersbourg et qui pourrait tenter d’installer au Kremlin Sergueï Kirienko, l’actuel chef adjoint de l’Administration présidentielle en charge de la politique intérieure ; comme Viktor Zolotov, le patron de la Garde nationale qui s’évertue à promouvoir l’un des protégés de Poutine en la personne d’Alexeï Dioumine, actuellement conseiller du chef de l’État ; peut-être comme Igor Setchine, patron du géant pétrolier Rosneft… Sans oublier le bloc des siloviki, du FSB notamment, qui ne restera pas passif lorsqu’il s’agira de choisir un successeur à Vladimir Poutine.
Voisins de palier à Dresde
Travailler côte à côte en RDA, même en ses dernières années : cela crée des liens. Indélébiles pour Vladimir Poutine. Les seuls qu’il semble vraiment valoriser, ceux entre officiers du KGB. Comme en ce 8 mai 2017 lorsqu’il s’invite chez son ancien patron à la représentation du KGB à Dresde, Lazar Matveïev, à l’occasion des 90 ans de celui-ci. Autour de la modeste table où s’entassent mandarines, chocolats et petits verres aux rebords dorés, seuls trois invités sont de la partie : Vladimir Poutine, Sergueï …
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