QUAND L'IRAN S'ÉVEILLERA...

n° 101 - Automne 2003

L'Iran a mauvaise presse. Non seulement cet " État voyou " a inventé l'islam politique moderne, renversé le Chah, imposé le tchador aux femmes et soutenu le terrorisme, mais son hostilité déclarée envers de très nombreux pays - des États-Unis à Israël en passant par la France et l'ex-URSS - lui a valu d'être marginalisé par une bonne partie de la communauté internationale.
L'Iran pose aussi des questions. Contrairement à ses voisins, écrasés par la guerre, le despotisme ou l'islamisme, il confirme l'originalité de sa dynamique interne et sa volonté de normaliser ses relations avec le reste du monde. Depuis quelques années, les réformes politiques, la montée en puissance des nouvelles générations, la révolte des femmes ont profondément modifié l'image de la République islamique.
Ce positionnement ambigu et paradoxal, cette évolution lente mais régulière ne sont pourtant plus à l'ordre du jour. Depuis que le président George W. Bush, dans son discours sur l'État de l'Union de janvier 2002, l'a rejeté dans les ténèbres de " l'axe du Mal ", l'Iran fait de nouveau figure d'accusé. Pis encore : si l'on en croit la déclaration de septembre 2003 du Conseil des gouverneurs de l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique), il disposerait de la capacité scientifique et technologique nécessaire pour fabriquer, à moyen terme, une bombe atomique. Si après vingt-cinq ans d'islamisme et d'isolement international l'Iran redevient une telle menace, au point d'inquiéter la première puissance de la planète, qu'en sera-t-il lorsqu'il sera vraiment réveillé ?
Face à l'échec de la politique d'embargo, une nouvelle approche du dossier iranien s'impose. La méthode américaine, qui consiste à renforcer les contraintes, a trouvé ses premières applications en Afghanistan et en Irak. Quant à l'Europe, elle tâtonne, cherchant à concilier ses propres intérêts, la nécessaire solidarité avec Washington et la prise en compte de la réalité iranienne d'aujourd'hui, fort éloignée des clichés de la Révolution de 1979. Elle devrait pourtant se hâter, car l'Iran est en train de revenir au tout premier plan de l'actualité. Plusieurs facteurs convergent en ce sens :
- l'Iran fait désormais partie des priorités américaines. De ce point de vue, les équipées en Afghanistan et en Irak apparaissent comme le prélude à une politique active, voire agressive, envers la République islamique. Il est peu probable que cette ligne interventionniste soit abandonnée, même en cas de changement de majorité à Washington ;
- les grandes firmes américaines n'acceptent plus de se voir écartées du marché iranien, alors que les entreprises européennes bénéficient des contrats les plus intéressants ;
- il n'y aura pas de stabilisation durable de la région dans le cadre de la guerre contre le terrorisme sans l'appui efficace de Téhéran. C'est la seule puissance qui soit suffisamment moderne, peuplée et vaste pour participer à une stratégie de sécurité régionale ; aider à la reconstruction de l'Irak et de l'Afghanistan ; et contrôler les effets d'un effondrement possible de l'Arabie saoudite, du Pakistan ou de l'Asie centrale ;
- les prochaines échéances électorales (législatives en 2004, présidentielle en …