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WASHINGTON/ISMALABAD: RELATIONS TRES SPECIALES ...

Fin juillet 2001, le département d'Etat avait jugé nécessaire de dépêcher à Islamabad Mme Christina Rocca, la sous-secrétaire d'Etat pour l'Asie du Sud, afin de jeter les bases de nouvelles relations bilatérales. Lors de ses entretiens avec le général-président Pervez Moucharraf, Mme Rocca, assistée par l'ambassadeur américaine Wendy Chamberlain, tenta de faire passer le message du président Bush selon lequel le Pakistan ne devait plus attendre de la part de Washington un soutien inconditionnel à sa politique régionale, en particulier au Cachemire, où ses liens avec le terrorisme islamique étaient de notoriété publique. Les Etats-Unis ont également fait comprendre à Islamabad que sa connivence avec le régime afghan était du plus mauvais effet. Tout le monde savait qu'Oussama Ben Laden - qui, trois ans auparavant, avait organisé les attentats contre les ambassades américaines de Nairobi et de Dar es-Salam - s'était refugié au pays des Talibans.
On ne saura jamais jusqu'où Washington était prêt à aller pour contraindre Islamabad à livrer Ben Laden. Deux mois plus tard, l'effondrement des tours de Manhattan allait faire dévier le cours de l'Histoire : par un retournement de situation imprévu, le Pakistan est redevenu, en grande partie grâce au talent machiavélique du général Moucharraf, le plus proche allié des Etats-Unis.
Le " meilleur ami " des Américains
En dénonçant les fondements de leur alliance avec Islamabad, les Américains reconnaissaient - et cela, pour la première fois - que, pendant près d'un demi-siècle, ils avaient manipulé le Pakistan à seule fin de contenir les ambitions de l'empire soviétique. Ils entendaient faire cesser une situation qui, selon eux, ne correspondait plus à des rapports " normaux " entre deux Etats. En cet été 2001, Washington souhaitait donc limiter ses contacts aux seuls échanges commerciaux et mettre un terme à une coopération militaire qui n'avait plus lieu d'être.
Contrairement à ce qu'affirment certains experts, ce n'est pas parce que le président Bush ne lui en a pas laissé le choix que le général Moucharraf s'est rallié aux Etats-Unis. Certes, l'argument de Bush (" If you're not with us, you're against us ") a suffi à convaincre la plupart des dirigeants d'Etats musulmans de se joindre à sa guerre contre le terrorisme, mais le Pakistan reste un cas à part. Il ne faut jamais oublier que les Talibans avaient été créés de toutes pièces par les services de renseignement pakistanais (Inter-Services Intelligence - ISI) et que le Pakistan avait été l'un des seuls pays au monde, avec l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, à reconnaître le nouveau régime afghan. La direction fondamentaliste en place à Kaboul était composée en majorité de jeunes Pachtounes qui étaient nés ou qui avaient grandi dans les camps de réfugiés au Pakistan. L'ISI avait veillé à tout : à leur formation idéologique, à leur entraînement militaire et à leur approvisionnement en armes. Une fois installés au pouvoir, c'est encore l'ISI qui les avait conseillés dans la gestion des affaires du pays. Tourner le dos aux Talibans, c'était renier une politique régionale dont …