Azerbaïdjan : au nom du père...

n° 104 - Été 2004

Alain Chevalérias - Monsieur le Président, en arrivant à Bakou, le voyageur occidental ressent une étrange impression. Nous ne sommes qu'à 200 kilomètres de la frontière iranienne et, pourtant, l'atmosphère qui règne ici n'a rien d'islamique (1). Comment expliquez-vous cette bizarrerie ?
Ilham Aliev - Il est toujours difficile de comparer. Nous sommes en train de construire, pratiquement de toutes pièces, un Azerbaïdjan indépendant à partir de nos propres valeurs. Le pays est en plein développement. C'est sans doute ce qui explique votre perception.
A. C. - Vous auriez été confronté, dans le passé, à l'infiltration de réseaux islamistes. Confirmez-vous cette information ?
I. A. - Non. L'Azerbaïdjan est un pays laïque. Bien sûr, la religion musulmane y est profondément enracinée et nous la respectons. Elle participe de notre identité collective. Mais, dans le même temps, nous sommes opposés à toute discrimination, que ce soit sur une base religieuse ou ethnique (2).
A. C. - Comment votre pays est-il parvenu à échapper à un danger auquel nombre de vos voisins ont succombé ?
I. A. - Je ne tiens pas à m'ingérer dans les affaires des autres. Si tous les chefs d'État se comportaient de la même manière que nous, le monde serait, j'en suis sûr, beaucoup plus pacifique ! Ce qui m'intéresse, c'est de créer un environnement économique stable afin de favoriser la croissance et d'offrir une bonne protection sociale à la population. Je suis convaincu qu'il ne saurait y avoir de société civilisée sans prospérité. Voilà pourquoi l'économie est, pour nous, une priorité.
A. C. - Si je vous comprends bien, tout va pour le mieux en Azerbaïdjan. N'avez-vous donc aucun problème ?
I. A. - J'aime mon pays. Il est normal que je n'en perçoive que les aspects positifs. Mais trêve de plaisanterie : il est évident que nous avons des problèmes qui sont, pour la plupart, liés à l'héritage soviétique. Il est difficile de passer d'un système socialiste à l'économie de marché. Les réformes se heurtent à des résistances d'ordre économique, mais aussi au poids des mentalités.
A. C. - Quelles sont les plus grandes difficultés auxquelles vous avez été confronté ?
I. A. - Le plus grave problème est l'occupation par l'Arménie d'une partie du territoire azerbaïdjanais. Cette histoire a commencé quand nos deux pays faisaient encore partie de l'Union soviétique, en 1988. Aujourd'hui, 20 % de notre sol sont occupés : le Nagorny-Karabakh, ainsi que sept régions limitrophes. Il en est résulté d'importants mouvements de population. Il est temps que le droit international soit respecté et l'intégrité territoriale de l'Azerbaïdjan restaurée. C'est notre plus grand souci, et il ne sera pas résolu tant que les forces armées arméniennes ne se replieront pas derrière leurs frontières. En comparaison, les autres difficultés nous paraissent bien mineures.
A. C. - N'avez-vous pas tendance à exagérer la gravité de la situation ?
I. A. - Ce n'est pas du tout ce que je crois. Nous enregistrons actuellement le taux de réfugiés le plus élevé du monde : un …