Une autre politique étrangère

n° 106 - Hiver 2005

Les cartes de la France
Pour répondre à cette question, il faut d'abord procéder à une évaluation rigoureuse des atouts et des moyens de la France, sans triomphalisme, sans nationalisme, mais sans catastrophisme non plus.
La France a une histoire, celle d'un grand pays. L'universalité de ses valeurs et de sa culture, la force du modèle républicain, son rayonnement et son patrimoine, son appartenance à l'Europe en font une nation un peu particulière, qui s'est longtemps vécue - et se perçoit encore à certains égards, fût-ce sous un jour nostalgique - comme une " Grande nation ".
La France demeure, selon l'expression d'Hubert Védrine, une puissance d'influence mondiale. Elle en possède les attributs, en tant que vainqueur de la Seconde Guerre mondiale. Elle est membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. Elle possède un appareil diplomatique et culturel qui ne le cède qu'aux États-Unis et se compare à celui de la Grande-Bretagne ou de la Russie. Elle détient l'arme nucléaire et conduit une stratégie de défense autonome, tout en continuant d'appartenir à l'Otan. Notre pays, enfin, conserve une zone d'influence propre. Il garde des liens forts avec l'Afrique et le Maghreb ; il nourrit tant bien que mal la francophonie ; il est un membre fondateur, parfois plus craint que respecté, de l'Union européenne. Il entretient une diplomatie globale et un peu surannée, faite d'un mélange mi-convaincant mi-hasardeux d'affirmation nationale et d'engagement européen, de multilatéralisme et d'égoïsme.
Le débat sur le " déclin français " a marqué l'année 2004. Il n'est pas dépassé : les défis démographiques, économiques, sociaux ne manquent pas. Valéry Giscard d'Estaing le disait déjà dans les années 1970, avec maladresse il est vrai : la France n'est plus qu'une puissance moyenne, dont le poids dans le concert international tend à diminuer.
Pourtant, c'est aussi un pays moderne, qui a su mener plusieurs adaptations majeures, notamment grâce à la gauche. Son économie est performante et elle demeure le quatrième exportateur mondial. Elle est membre du G8 et reste un acteur économique de premier plan. Elle a su rajeunir ses structures, rénover son capitalisme, tout en conservant un niveau honorable de cohésion sociale grâce au service public et au système de protection sociale. Malgré des signaux préoccupants, elle figure encore dans le peloton de tête mondial en matière d'éducation et d'économie de la connaissance. La France est minée par le chômage de masse et par les inégalités, mais elle n'a pas décroché.
Des handicaps importants
Ces incontestables atouts ne doivent pas, pour autant, dissimuler des handicaps majeurs et croissants.
La crise irakienne a nourri une illusion : celle d'une France référence de l'humanité face à l'hégémonie américaine. Jacques Chirac s'est élevé très tôt et avec force contre la stratégie unilatéraliste de l'administration Bush et contre la doctrine de l'action préventive prônée par les néo-conservateurs. Dominique de Villepin s'est fait, dans cette bataille, l'interprète spectaculaire de la partition française : son discours devant le Conseil de sécurité de l'ONU, à quelques semaines de l'intervention américaine, restera comme …