FAUT-IL AVOIR PEUR D'AHMADINEJAD ?

n° 111 - Printemps 2006

Si l'échec des réformistes à l'élection présidentielle iranienne de juin 2005 n'a pas été une surprise, personne, en revanche, ne s'attendait à l'élection de Mahmoud Ahmadinejad. Conséquence : la victoire du maire de Téhéran a suscité de nombreuses interrogations. Qui était cet homme peu connu à l'étranger qui allait présider aux destinées de la république islamique pendant quatre ans ? On le savait conservateur, bien sûr, mais on avait assez peu d'idées sur la politique qu'il comptait vraiment mettre en oeuvre, car sa campagne avait essentiellement été centrée sur des thèmes populistes de politique intérieure : promesses de bien-être économique et social, lutte contre la corruption... Au premier tour, il a obtenu quelque 20 % des voix, ce qui correspond au noyau idéologique de l'électorat mobilisé par les réseaux cléricaux et politiques qui en avaient fait leur candidat. Cette élection ne marque donc pas un raz de marée des conservateurs mais, plutôt, un essoufflement des modernisateurs, qui n'ont su ni rompre avec le régime ni le transformer de l'intérieur. Au second tour, les Iraniens ont surtout voté contre l'ancien président Akbar Hashemi-Rafsanjani, perçu moins comme un pragmatique que comme le représentant de la classe des nouveaux riches - l'un de ces hommes qui ont fait fortune grâce au régime islamique tout en tenant un discours appelant leurs administrés à l'abnégation et au respect des valeurs religieuses.Près d'un an après l'élection d'Ahmadinejad, il est possible de tirer un premier bilan de son action, même si l'homme et la place qu'il occupe réellement dans le jeu du pouvoir demeurent énigmatiques. Une fois élu, l'ancien maire de Téhéran ne s'est pas consacré exclusivement à ses thèmes de campagne. Au contraire, il s'est surtout signalé en matière de politique extérieure en choisissant la confrontation sur les deux dossiers les plus sensibles pour la communauté internationale : le nucléaire et Israël. Certes, le refus de reconnaître l'État hébreu et la volonté de poursuivre un programme nucléaire n'excluant pas l'option militaire n'ont rien de nouveau (ces deux lignes directrices étaient déjà d'actualité sous la présidence du libéral Khatami) ; mais le choix délibéré de la provocation marque une étape de plus en faisant entrer l'Iran dans une phase de conflit avec les Occidentaux.
Sur le plan intérieur, la première décision du président fut de procéder à un renouvellement - sans précédent depuis la révolution - des cadres supérieurs dans tous les domaines afin de placer les hommes de ses réseaux aux postes stratégiques. Signe de sagesse, toutefois : le nouveau régime ne s'est pas lancé dans la restauration d'un ordre moral et puritain mis à mal par l'émergence d'une jeunesse qui rejette ouvertement les normes islamiques. Enfin, alors que l'on s'attendait à ce qu'il revienne à une certaine orthodoxie économique une fois au pouvoir, le numéro 1 iranien tente bien de mettre en oeuvre ses promesses démagogiques de soutien aux classes populaires (comme l'atteste son appel à baisser les taux d'intérêt alors que l'inflation croît). Et cela, dans un contexte où la réalisation de ces promesses …