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L'IRAN ET LA BOMBE : OPTIONS DE FIN DE PARTIE

Dans certaines situations, il n'y a pas - ou plus - de bon choix possible. Même si rares sont les observateurs qui semblent en avoir pris conscience, c'est un peu ce qui se passe à présent avec l'Iran. Après avoir négocié pendant près de deux ans avec Téhéran - « sans illusions », avouent-ils aujourd'hui (1) -, les Européens ont fini par jeter l'éponge. Ne l'ont-ils pas fait trop tard ? C'est une interrogation légitime. En effet, les éléments nécessaires pour transférer le dossier nucléaire iranien devant le Conseil de sécurité des Nations unies étaient disponibles au moins depuis novembre 2003, lorsque les trente-cinq membres du Conseil des gouverneurs de l'AIEA ont pris connaissance de la liste des violations de l'accord de garanties conclu par l'Iran après sa renonciation volontaire à l'option nucléaire. À cette date, c'était précisément pour empêcher le transfert à New York que les Européens étaient intervenus. Le deal était on ne peut plus clair : Téhéran interrompait les activités nucléaires qu'il avait dissimulées aux inspecteurs internationaux pendant dix-huit ans, et les Européens suspendaient, de leur côté, le transfert du dossier iranien au Conseil de sécurité. À présent que les activités de conversion et d'enrichissement ont repris et que le transfert a été décidé, il est grand temps de s'interroger sur les gains et les pertes de plus de deux années de retard. Car, entre novembre 2003 et février 2006, la situation s'est à bien des égards dégradée : les Iraniens eux-mêmes reconnaissent qu'ils ont réalisé des progrès dans des domaines clés de leur programme nucléaire malgré la suspension agréée avec les Européens, et qu'ils ont pu le faire sans être gênés par des sanctions internationales. Fin mars, on apprenait d'ailleurs que les activités d'assemblage de centrifugeuses à Natanz avançaient beaucoup plus vite que prévu et que la production d'uranium enrichi nécessaire à une première arme pourrait avoir lieu dès 2008, voire fin 2007.
En outre, le régime iranien s'est incontestablement durci avec l'arrivée au pouvoir d'un islamiste radical issu du coeur des Gardiens de la Révolution, dont personne ne peut encore prétendre connaître tous les tours (2) ; l'Iran a procédé, depuis 2003, à la modernisation de son missile Shehab 3, témoignant de progrès technologiques significatifs ; et il n'est pas certain que la détermination de la « communauté internationale » - expression dont le sens varie avec le temps - soit plus affirmée en 2006 qu'en 2003. Il suffit, pour s'en convaincre, de voir les difficultés rencontrées à New York, lors des premières semaines de discussions au Conseil de sécurité en mars (3), sur le texte d'une simple déclaration présidentielle (pas même d'une résolution) qui se contentait initialement de rappeler que la prolifération des armes de destruction massive était une menace à la paix et à la sécurité internationale, et qui reprenait les demandes de l'AIEA ! Compte tenu de ces éléments, n'aurait-il pas été préférable d'aller au Conseil de sécurité en novembre 2003 ? On ne peut s'empêcher d'y songer, voire de répondre d'emblée …