L'IRAN ET LA BOMBE : UN FAUX PROBLÈME ?

n° 111 - Printemps 2006

L'Iran aura la bombe
Quatre facteurs extrêmement forts soutiennent l'ambition de l'Iran de devenir une puissance nucléaire militaire.
Le vent de l'Histoire
Le vent de l'Histoire est cette force incertaine et changeante grâce à laquelle, à une époque donnée, tel ou tel principe, auparavant inconnu ou insolite, s'impose soudain comme évident. Ce vent n'est pas si capricieux qu'il en a l'air ; des dynamiques profondes l'animent. En ces années 2000, la dynamique principale est la démocratisation de la planète, qui implique le droit de chaque État à être l'égal des autres s'il en a la capacité et les moyens. Selon la célèbre formule de Tocqueville, l'égalité est une passion, ou même une obsession illimitée. Au nom de quel principe l'Iran n'aurait-il pas l'arme atomique si d'autres la possèdent ? Les nations prolétaires (pour reprendre la formule de Pierre Moussa) réclament les mêmes droits que les nations développées. La soif de revanche et la demande d'égalité des anciens colonisés sont immenses.
Dissensions des puissances

L'Union européenne, grande promotrice de la « diplomatie douce », a paru croire que sa troïka (Royaume-Uni, France et Allemagne) maintiendrait l'Iran dans le droit chemin ; en fait, ses négociations avec Téhéran (2003-2006, soit une durée de trois ans) font gagner du temps au régime des mollahs, dont les travaux clandestins se poursuivent à l'abri des discussions avec les représentants de l'UE. La faiblesse de la diplomatie douce, c'est qu'elle implique des interlocuteurs de bonne foi et de bonne volonté...
Les États-Unis, partisans de la manière forte à l'égard de Téhéran, souhaiteraient lui régler son compte par les armes ; mais leur inquiétant enlisement en Irak, l'inexorable descente de ce pays dans la guerre civile et le rejet croissant de l'intervention par l'opinion publique américaine excluent, pour l'Administration Bush, une guerre contre l'Iran.
Quant au premier allié de Washington au Moyen-Orient, Israël, il n'a pas hésité, en 1981, à bombarder le réacteur nucléaire irakien de Tammouz. Vingt-cinq ans plus tard, la situation de l'État hébreu s'est gravement affaiblie : présence obsédante du terrorisme ; usure provoquée par des décennies de combat et d'occupation ; faible natalité (« à l'occidentale ») face à des Arabes qui gardent une fécondité élevée (ce qu'on appelle la « guerre des berceaux »). Par ailleurs, l'Iran a tiré la leçon de la péripétie irakienne ; ses installations nucléaires sont enterrées et protégées par des dalles de béton que seules des charges atomiques pourraient percer.
La Russie de Vladimir Poutine, désireuse de retrouver la puissance perdue de l'URSS, pratique, en proposant de faire procéder sur son propre territoire à l'enrichissement de l'uranium utilisé par l'Iran, le double jeu : elle préférerait que Téhéran n'ait pas l'arme nucléaire, mais sa priorité est de montrer à l'orgueilleux Occident que rien d'important ne doit et ne peut se faire sans Moscou.
La Chine et l'Inde, elles aussi, aimeraient que l'Iran ne se dote pas du feu nucléaire. Cependant, en dépit de l'opposition - certes chaotique - des puissances établies, ces deux colosses ont réussi à …