LES DOUZE TRAVAUX DU PRESIDENT

n° 114 - Hiver 2007

Colette Braeckman - Monsieur le Président, vous avez prêté serment en janvier 2001, au lendemain de l'assassinat de votre père, Laurent-Désiré Kabila. Fin octobre 2006, vous avez été élu avec un peu plus de 58 % des voix, au terme d'un scrutin que les observateurs ont qualifié de transparent et démocratique, concluant que les irrégularités constatées n'avaient pas altéré le résultat final. Avez-vous le sentiment d'avoir rempli l'objectif que vous vous étiez fixé il y a six ans ?

Joseph Kabila - À l'époque, je m'étais engagé à réunifier le pays ; c'est chose faite. J'avais promis la pacification ; c'est chose faite aussi, même si de menus problèmes subsistent dans l'Est. Mais la promesse la plus importante que j'aie prononcée en devenant président en 2001 portait sur l'organisation d'élections libres et transparentes. À mes yeux, un tel scrutin devait être le socle de la nouvelle république, le point de départ du décollage du pays. Ce processus électoral vient de se terminer. La transition, ouverte en 1990, s'achève enfin. Désormais, la reconstruction et le développement vont pouvoir démarrer sur la base d'un nouveau consensus. C'est déjà un grand succès.

C. B. - Quels sont vos regrets éventuels ?

J. K. - Il n'y en a pas. Aujourd'hui, en me retournant sur les six dernières années, je peux dire : « Mission accomplie ! » Les objectifs fixés ont été atteints et j'en suis fier. Mais c'est avant tout de la population que je suis fier. Entre 1990 et aujourd'hui, elle a dû faire d'immenses sacrifices et supporter un grand nombre d'erreurs. Jamais je ne dirai que cette victoire est celle de M. Kabila ou celle de sa famille politique. C'est la victoire de tout un peuple, de toute une nation. C'est même une victoire pour le continent entier car, à la suite du Congo, l'Afrique va changer à son tour. En effet, un Congo démocratique et en pleine reconstruction pourra rayonner dans toute la région. C'est le Congo qui a gagné ces élections. Les démons qu'il a vaincus étaient nombreux : coups d'État, instabilité politique, démons de la division, de la guerre, de la partition, du sous-développement...

C. B. - À titre personnel, qu'est-ce qui fut le plus pénible pour vous durant cette transition ?

J. K. - La transition fut une épreuve et un grand défi. Le plus difficile pour moi, ce fut la souffrance de ma famille face aux attaques dont j'ai été l'objet (1). Avant d'être président, je suis avant tout un être humain ! J'ai vu la douleur de ma mère, de mes soeurs, de mes frères. Je n'ai rien contre des critiques constructives. Mais les calomnies, les mensonges, les contre-vérités, c'est plus difficile à supporter. Hélas, c'est aussi cela, la politique congolaise ! Aux insultes, j'ai décidé de répondre par... le silence. Me placer sur le même plan que mes adversaires ne fait partie ni de ma culture ni de mon éducation. Enfin, cette page est tournée. L'essentiel, dorénavant, c'est l'avenir du pays, le bonheur …