DES FRAPPES SUR L'IRAN?

n° 116 - Été 2007

Depuis la révélation, en août 2002, de l'ampleur du programme nucléaire iranien, ce dossier est devenu l'un des tout premiers sujets de préoccupation des chancelleries, bien au-delà du Moyen-Orient (1). Car les dénégations énergiques du gouvernement de Téhéran ne trompent plus : dans un pays qui regorge de pétrole (troisième exportateur mondial), de gaz naturel (deuxième réserve prouvée) et d'eaux de surface, l'acharnement à développer une capacité nucléaire civile coûteuse éveille, a priori, les soupçons. Quand le pouvoir du président Mahmoud Ahmadinejad défie ouvertement l'AIEA, inaugure une usine d'eau lourde et brise des scellés sur des sites sensibles, les soupçons se confirment. Et lorsque, enfin, le gouvernement de Téhéran appelle officiellement à la destruction d'un État tiers et s'inscrit dans une logique messianique apocalyptique, le malaise laisse place à la certitude de se trouver face à un authentique péril (2). Mais pour qui ? À en croire certains observateurs européens, la question d'un Iran nucléarisé ne concernerait au fond que les adversaires désignés du régime des mollahs. Il ne s'agirait que d'un problème irano-israélien ou, éventuellement, irano-américain, à régler entre les intéressés et eux seuls. Certes, la bombe iranienne ferait peut-être courir un danger à l'État juif ; mais, après tout, celui-ci ne dispose-t-il pas lui-même de son propre arsenal ? On serait donc à la veille d'un simple rééquilibrage régional. Dans cette logique rassurante, les Européens n'auraient guère à intervenir dans des affaires moyen-orientales décidément très compliquées. Rien n'est plus faux que cette vision. Que ce soit par méconnaissance des enjeux géopolitiques, mauvaise foi ou complaisance vis-à-vis de Téhéran, les partisans de l'immobilisme rendent un bien mauvais service à la cause de la paix.
Le bras de fer Iran/reste du monde
L'expression n'est pas exagérée : si l'on excepte le Venezuela de l'exubérant Hugo Chavez et la Syrie pourvoyeuse de chaos au Liban, la communauté des nations qui comptent a engagé unanimement un bras de fer avec l'Iran. C'est encore plus vrai s'agissant des membres permanents du Conseil de sécurité.
La Russie
Le président russe Vladimir Poutine a montré à maintes reprises - et pas seulement à l'égard de l'Iran - qu'il était adepte d'une géopolitique de la calculette dans laquelle les considérations morales ou idéologiques tenaient peu de place. Poussée à l'extrême, la logique clausewitzienne de la rationalité des coûts s'applique ainsi au régime des mollahs. Premier client en valeur des deux zones géostratégiques Moyen-Orient et Asie centrale, l'Iran bénéficiait jusqu'en 2006 du soutien technologique et diplomatique de Moscou : achèvement de la centrale nucléaire de Boucheir ; ventes d'armements lourds ; rejet des résolutions onusiennes contraignantes ; etc. Mais lorsqu'en décembre 2005 le président Ahmadinejad décline crânement le deal de Poutine - à savoir la poursuite de cette coopération tous azimuts en contrepartie du contrôle par la Russie de l'enrichissement de l'uranium iranien -, le locataire du Kremlin s'exaspère et infléchit sa ligne.
Devant la fuite en avant de Téhéran, il se joint désormais aux pressions occidentales : le 31 juillet 2006, en pleine confrontation Israël-Hezbollah au …