LA FACE CACHEE DES ONG

n° 116 - Été 2007

Dans une vision libérale héritée de la pensée tocquevillienne du XIXe siècle, les associations sont constitutives du pluralisme politique. Elles symbolisent les vertus de la démocratie et sont censées figurer un contrepouvoir efficace face à des États inévitablement hégémoniques et portés à l'autoritarisme. Mieux encore : leur développement irait de pair avec l'amélioration aussi bien des pratiques de gouvernement que des performances économiques des pays où elles agissent (1). Aujourd'hui incarnées par les ONG (organisations non gouvernementales), les associations doivent donc représenter les intérêts de la société dite « civile » et bénéficient d'une indéniable popularité dans un monde global. Malgré (ou plutôt grâce à) leur position critique, elles sont célébrées par les organisations internationales, auxquelles elles servent de caution en aiguillonnant les débats qui, en retour, les « adoubent » en leur reconnaissant un statut officiel (2). Selon des sondages réalisés en Europe et en Amérique du Nord, les décideurs leur font désormais plus confiance qu'aux gouvernements, en particulier en France, où l'on observe les plus grands écarts (3). Un pareil soutien se retrouve dans l'opinion publique d'une manière générale. Pour lutter contre la faim et la pauvreté dans le monde, par exemple, les Français font plus confiance aux ONG (à 61 %) qu'aux agences onusiennes (à 59 %) ou européennes (à 51 %), sans même parler de leur gouvernement (à 42 %) et de la Banque mondiale (à 26 %) (4).À en croire les prescripteurs de la « bonne gouvernance », les associations de solidarité internationale seraient devenues un moteur essentiel, voire indispensable, de la démocratisation des pays en développement. On leur devrait, entre autres réalisations, les récentes révolutions non violentes en Géorgie, en Ukraine et au Kirghizistan. En Afrique du Sud, où elles ont d'abord contesté le régime raciste de l'apartheid, elles auraient permis de consolider les acquis de la démocratie grâce à leur action en matière d'éducation civique, de dialogue social et de représentation des intérêts des segments les plus pauvres de la population (5). Dans le même ordre d'idées, les avancées obtenues en matière de défense des droits de l'homme, de promotion des femmes, de régulation du commerce des armes ou de respect de l'environnement résulteraient également des pressions exercées par des structures associatives dont le nombre a littéralement explosé au cours des trente dernières années. Il est, par surcroît, indéniable que les ONG ont joué un rôle déterminant dans la rédaction du traité d'Ottawa contre les mines antipersonnel en 1997 ainsi que dans l'établissement d'une Cour pénale internationale en 1998, entre autres.
L'irruption d'acteurs associatifs sur la scène diplomatique n'est certes pas un élément complètement nouveau. En témoigne l'importance, dès le XIXe siècle, des mouvements militant pour l'abolition de la traite des esclaves ou du commerce de l'opium - lesquels devaient aboutir, respectivement, à la signature du traité de Bruxelles en 1890 et de la convention de La Haye en 1912 (6). La différence, de nos jours, réside dans le fait que les ONG se sont enracinées dans le paysage politique et médiatique. Chiffres …