LE PARTI DEMOCRATE DANS LE PIEGE IRAKIEN

n° 116 - Été 2007

Depuis la victoire démocrate au Congrès en novembre 2006, la guerre d'Irak s'aggrave d'une autre guerre à Washington entre George W. Bush et son opposition démocrate. Pour la première fois depuis le début de l'invasion, et en partie à cause d'elle, une Amérique divisée est sortie des urnes : une majorité d'Américains a clairement répudié le bushisme et le président se voit contraint de composer avec un Congrès hostile. Par une ironie noire de l'Histoire, le même Parti républicain qui a voulu tourner la page de l'impuissance et de l'humiliation des années Viet Nam se retrouve à la tête de l'une des plus évidentes déroutes militaires et morales de l'histoire des États-Unis. Cruel destin, mais dont l'Administration Bush, même désavouée par l'électorat, refuse de convenir. La guerre du terrorisme gagne à ses yeux en crédibilité et en héroïsme du fait même de l'ampleur du chaos irakien. De l'expédition américaine en Irak, et de sa gestion politique et militaire, dépend désormais l'issue des élections présidentielles de 2008. Mais aussi le sort du nouveau républicanisme américain, dont Dick Cheney et Karl Rove restent, dans l'entourage du président, les gardiens impavides. Le vote par les Démocrates des crédits demandés par le président Bush au Congrès pour continuer sa guerre perdue en Irak aura été leur dernière victoire. Les artisans du bushisme
Le vice-président Cheney appartient à une génération politique traumatisée par le Watergate, la guerre du Viet Nam, la défaite de l'Amérique et le spectacle de l'impuissance de la fonction présidentielle. Au cabinet du président Gerald Ford, et au côté du secrétaire d'État Kissinger, il a assisté avec le jeune Donald Rumsfeld, lui-même en poste à la Maison-Blanche, à la tragédie de la chute de Saïgon en 1975. Cette équipe républicaine n'a jamais oublié ce désastre et chacun de ses membres garde une haine violente pour le parti de la défaite. Ils n'ont jamais pardonné aux Démocrates d'avoir humilié l'Amérique en refusant d'accorder au président Ford les crédits militaires qui auraient, selon eux, permis de l'emporter ou, du moins, de sauver l'honneur du drapeau. Leur volonté de revanche politique vient de loin. Sous Reagan, ils ont approché les centres de décision pour, finalement, en forcer la porte sous les présidences Bush père et fils. Mais c'est avec le 11 Septembre qu'ils ont compris que le Parti démocrate pouvait être durablement affaibli et perdre toute chance d'une seconde parenthèse Clinton.
Karl Rove, l'homme de l'ombre qui a inventé George W. Bush, fut le grand artificier de cette Politique. Âme damnée du Parti républicain, il consacre depuis trente ans toute son intelligence et son machiavélisme à cette revanche. Son nom apparaît pour la première fois, fugitivement, dans l'affaire du Watergate. De Nixon, Rove passe en 1977 au service de la famille Bush. Il quitte Washington pour le Texas où il devient le tuteur de G. W., éduqué dans le Sud : il a reconnu dans le jeune loup l'étoffe d'un futur président. Dès cette époque, Karl Rove a prévu le tournant de la politique américaine …