SERBIE: L'ADIEU AU KOSOVO?

n° 116 - Été 2007

À chaque nouvel événement en Serbie, le spectre du radicalisme est agité. Pour nombre de commentateurs, ce pays serait voué aux affres du nationalisme et exclu à tout jamais de la famille européenne. Or, depuis la " révolution démocratique " d'octobre 2000 qui a marqué la chute du régime communiste de Slobodan Milosevic, la permanence à Belgrade d'un pouvoir démocratique et ouvert à l'Europe est remarquable. Un " bloc démocratique " qui réunit des partis favorables à l'intégration euro-atlantique est arrivé au pouvoir en 2001. Réélue en 2004, cette coalition est également sortie gagnante du dernier scrutin en date : les élections législatives de janvier 2007. À cette occasion, 63 % des suffrages se sont portés vers les partis démocratiques et pro-européens (DS, DSS, G 17 (1)). Il est vrai que le Parti radical (SRS), principale formation d'opposition, reste le premier parti du pays, avec 82 députés sur les 250 que compte le Parlement ; mais son programme a évolué de l'ultra-nationalisme des origines à un populisme social plus modéré. Enfin, la Serbie est présidée depuis décembre 2004 par le démocrate Boris Tadic. Il existe donc, en Serbie, un véritable consensus politique sur la nécessité de procéder à des réformes économiques, de développer la démocratie et l'État de droit et de s'orienter vers l'Union européenne et l'Alliance atlantique.Mais alors que les voisins hongrois, roumains et bulgares sont déjà entrés dans l'UE et l'Otan, la Serbie, elle, a pris un retard important. Du coup, un certain désappointement pointe dans cette petite nation - 88 361 km2 et 10 millions d'habitants (Kosovo inclus) - qui a tout sacrifié sur l'autel de l'intégration euro-atlantique. N'a-t-elle pas, au cours de ces dernières années, privatisé son économie à un rythme accéléré, aligné sa législation sur les normes européennes et livré plus de vingt criminels de guerre au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) ?
Dans un pays où 65 % des étudiants n'ont jamais voyagé à l'étranger et qui a perdu trois guerres en quinze ans, le syndrome de Weimar (2) est fort, avec son corollaire de mécontentement social et de revendications nationalistes. Or la séparation d'avec le Monténégro, effective en mai 2006, a été mal interprétée en Occident : avec cette sécession, on n'a pas assisté, comme on l'a souvent entendu, à la " fin de l'ère Milosevic ", mais bien au début d'un processus de désintégration au coeur même de la Serbie. La province du Kosovo est sur la voie de l'indépendance ; et, déjà, les régions du Sandjak et de la Serbie méridionale connaissent une forte poussée séparatiste. Où s'arrêtera cet émiettement régional qui risque de déstabiliser toute la région et, au-delà, de remettre en cause les règles élaborées à Helsinki (3) ? Déçue par les pays occidentaux, la Serbie ne va-t-elle pas se détourner des structures euro-atlantiques ? Conséquence de ce malaise : la Russie et la Chine, mais aussi la Turquie, avancent leurs pions à Belgrade...
Kosovo : une question en suspens depuis 1999
Un laboratoire de la communauté internationale …