L'AN PROCHAIN A JERUSALEM...

n° 117 - Automne 2007

Ce qui fait la grande originalité d'Arkadi Gaydamak - le milliardaire franco-israélien d'origine russe -, c'est d'apparaître au centre de quatre « rubriques » différentes : - la rubrique économique : il possède des intérêts considérables en Israël, en Russie, au Kazakhstan et en Angola ;
- la rubrique judiciaire : il est impliqué dans ce que la presse qualifie de « scandale de l'Angolagate » ;
- la rubrique sportive : il est propriétaire de plusieurs clubs professionnels de football et de basket ;
- la rubrique politique, enfin : il est aujourd'hui l'une des personnalités les plus populaires d'Israël, vient de créer son propre parti et ambitionne de devenir le prochain maire de Jérusalem.
C'est ce volet de la personnalité contrastée de M. Gaydamak qui a retenu notre intérêt. D'où l'interview - la première de nature exclusivement politique qu'il ait donnée à une publication francophone - que l'on découvrira dans ces pages. Une interview obtenue et réalisée par son avocat de toujours, maître Gilles William Goldnadel, par ailleurs président d'Avocats sans frontières et de France-Israël.
À lire dans le texte et entre les lignes...
Patrick Wajsman

Gilles William Goldnadel - À une époque où les responsabilités politiques apparaissent comme une source d'ennuis plus que de satisfactions, pourquoi avez-vous décidé de créer un nouveau parti en Israël ?

Arkadi Gaydamak - L'époque est périlleuse pour tous les entrepreneurs qui s'exposent, qu'ils soient hommes d'affaires ou hommes politiques. Je suis bien placé pour savoir que la vie économique internationale est également pleine de pièges... Finalement, ceux qui sont le plus protégés sont ceux qui, par conformisme (et, dans conformisme, il y a confort...), mettent en danger ceux qui prennent des risques. Je veux parler des journalistes et des juges.
Pour en revenir plus directement à votre question, je ne me suis pas levé un beau matin en me disant que, puisque je n'avais rien d'autre à faire, j'allais me lancer en politique. L'envie m'est venue progressivement. Je ne prétends pas avoir toutes les qualités et l'expérience requises pour être un homme d'État, a fortiori dans un pays en guerre permanente. Mais, dans le domaine économique qui est le mien, je peux me rendre utile.

G. W. G. - N'est-ce pas, pour vous, un moyen d'acquérir davantage de gloire et de pouvoir ?

A. G. - Je suis un produit politique atypique car, contrairement à l'ensemble de mes confrères, je ne censure pas mon discours pour plaire au microcosme médiatique. Je ne pratique pas la langue de bois en tremblant de peur. Je ne suis pas comme ces politiciens stéréotypés qui jurent, la main sur le coeur, qu'ils n'agissent que pour le bien public, au détriment de leurs intérêts privés. Personne n'est dupe d'un tel discours. Moi, j'essaie de faire coïncider les deux. Et peu importe si les éternels grincheux font la grimace. Je suis entré en politique à un moment où j'avais obtenu, dans mes autres activités, suffisamment de satisfactions narcissiques pour ne pas en rechercher de nouvelles. Quant aux critiques et aux calomnies, j'en ai eu mon content. J'ai le cuir assez tanné pour ne plus craindre la malveillance des médiocres et des envieux.

G. W. G. - On vous reproche fréquemment d'utiliser votre prétendue philanthropie (installation d'un camp de réfugiés doté de tout le confort pendant la guerre du Liban, construction d'abris dans les villes bombardées, oeuvres de charité, etc.) à des fins personnelles...

A. G. - Je vous ai dit que j'avais le cuir tanné ! D'abord, je vous ferai remarquer que ceux qui m'adressent de tels reproches ne sont pas les malheureux qui ont profité de mon aide ou ceux qui aimeraient en bénéficier. Les gens simples savent, simplement, manifester leur reconnaissance. Appelez ça du populisme ou du paternalisme si vous le souhaitez ; cela m'est totalement égal. Les détracteurs auxquels vous faites allusion vivent tous dans les quartiers chics de Tel-Aviv ou de Saint-Germain-des-Prés et sont plus spécialisés dans le dénigrement facile que dans la générosité coûteuse. Ces gens-là ne m'aimeront jamais. Ne vous inquiétez pas : je survivrai.
Les responsables politiques qui ont été incapables d'assumer leurs devoirs élémentaires à l'égard des …