LA PACIFIQUE, AVENIR DE L'HUMANITE

n° 119 - Printemps 2008

Le concept d'« Asie-Pacifique » a connu, au début des années 1980, une popularité sans précédent. Cette vaste zone, bordée par les principales puissances (États-Unis, Japon, Chine, URSS puis Fédération de Russie), devait alors devenir le « nouveau centre du monde » (1). Il est vrai que l'idée n'était pas nouvelle. Elle occupa une place éminente dans l'école géopolitique allemande, notamment dans les oeuvres de Karl Haushofer, et déjà Karl Marx, dans un article paru dans la Rheinische Merkur en 1848, l'avait pressentie. Quant à Bismarck, n'avait-il pas jeté son dévolu sur le vaste océan, appelé à remplacer à ses yeux l'Atlantique au cours du XXe siècle ? Ces conceptions, qui avaient alimenté la pensée de l'amiral Alfred T. Mahan (1840-1914) et sa théorie du sea power, refleurissent périodiquement. Le retour du Pacifique au centre de l'échiquier mondial Aujourd'hui, le Pacifique n'a rien perdu de son importance. D'une part, parce que les États-Unis y concentrent de plus en plus de moyens militaires, non seulement à Honolulu, siège du puissant PAFCOM (2), mais aussi à Guam, destiné à devenir un point d'ancrage imprenable dans le cadre de la politique du « nouveau containment » de la Chine. D'autre part, parce qu'il demeure le lieu de la rivalité Chine-Taiwan, six des quatorze États insulaires membres du Forum des îles du Pacifique ayant reconnu l'île nationaliste. Le vice-premier ministre russe, Sergueï Ivanov, n'a-t-il pas déclaré, de son côté, le 6 avril 2007, que la flotte du Pacifique - la « FTO » - deviendrait bientôt la plus importante des cinq flottes russes (3) ? Bien des pays de l'hémisphère occidental se tournent vers leur façade Pacifique. Vancouver, dont la population asiatique augmente, s'y emploie résolument. Le doublement du canal de Panama répond à l'accroissement prodigieux des flux commerciaux qui traversent le Grand Océan. Quant aux pays d'Amérique du Sud, ils déploient tous des « stratégies du Pacifique », et pas seulement le Chili, possesseur de la mythique île de Pâques. Le Mexique a inauguré en novembre 2007 le port de Lazaro Cardenas tandis que le Brésil est sur le point d'achever sa route transocéanique qui reliera la ville d'Acre aux ports péruviens de la côte Pacifique (4). Au total, si l'on compte, via la France, la présence européenne, ce sont six des sept grandes puissances de l'avenir qui sont présentes dans le Pacifique et qui cherchent à y accroître leur influence (5). Mais de quoi parle-t-on ? Du Pacifique-Sud, de l'Océanie, de l'Australasie, des mers du Sud ? Toutes ces appellations véhiculent autant de représentations culturelles, géographiques ou géopolitiques. Dernière région du monde à être peuplée, dernière à être décolonisée (les derniers territoires sous tutelle américaine - Micronésie, Marshall - n'ont acquis leur indépendance que dans les années 1980), l'Océanie a échappé aux Océaniens eux-mêmes. D'où leur volonté de se réapproprier leur destin et de s'ancrer dans les courants de la mondialisation, sans pour autant aliéner leur riche culture et son tissu de relations sociales, basées sur la famille, le village, le clan, …