LES ERREURS DU GENERAL MUSHARRAF

n° 119 - Printemps 2008

Les élections législatives de février 2008 ont sanctionné le général Pervez Musharraf, président du Pakistan depuis le coup d'État militaire qui l'a porté au pouvoir à l'automne 1999. Les précédentes élections, tenues en 2002, avaient vu la victoire de son parti, le PML-Q - ce qui avait permis d'avaliser sa position à la présidence pour une durée de cinq ans. À l'issue de cette période, en octobre 2007, il s'était fait réélire président, lors d'un scrutin très contesté. Mais la récente victoire de l'opposition, qui dispose à présent d'une majorité des deux tiers à l'Assemblée nationale, pourrait bien le forcer à quitter son poste. En effet, après la décision d'Azif Ali Zardari - le veuf de Benazir Bhutto - et de Nawaz Sharif de rétablir dans leurs fonctions les juges évincés par Pervez Musharraf, la Cour suprême peut prononcer l'illégalité de la réélection du président en novembre dernier. Il est remarquable que la première décision annoncée par le nouveau premier ministre, Yousouf Raza Gilani, ait précisément porté sur le rétablissement des juges dans leurs fonctions. Cette situation résulte en grande partie d'une série de décisions du chef de l'État, qui a montré, dans les deux dernières années, un jugement politique déplorable. Voici quelques-unes de ses erreurs.26 août 2006 : assassinat de Nawab Bugti
Le 26 août 2006, l'assassinat par l'armée pakistanaise du leader balouche Nawab Akbar Khan Bugti, un homme de 79 ans respecté non seulement dans sa région - où il était surnommé « le tigre du Balouchistan » - mais aussi dans d'autres provinces du Pakistan (notamment le Sindh), peut être considéré comme une erreur majeure de Pervez Musharraf. Les positions de Bugti à l'égard d'Islamabad étaient plus modérées que celles de bon nombre d'autres chefs du Balouchistan - une région où la rébellion contre le pouvoir central est endémique, non seulement pour des raisons nationalistes, mais aussi parce qu'elle souffre de ne tirer aucun bénéfice des progrès économiques du Pakistan (plus de 50 % des habitants vivent au-dessous du seuil de pauvreté), ni même des grands projets qui se développent sur son propre territoire, comme le port de Gwadar, construit par des ingénieurs chinois (1). Ces dernières années, les militaires pakistanais, symboles du pouvoir central, ont perdu de nombreux hommes au Balouchistan, devenu une sorte de no man's land. Les raisons de l'élimination de Bugti demeurent obscures, mais il s'agit probablement soit d'une vengeance de l'armée à l'égard du plus important leader balouche pour les pertes subies dans la zone, soit d'une façon de jeter délibérément de l'huile sur le feu pour justifier la présence militaire (2). Le refus de rendre le corps à la famille a encore augmenté le ressentiment de la population contre le pouvoir et, en particulier, contre Musharraf, qui a trouvé bon de féliciter publiquement le chef des services secrets pour cet assassinat. Ces éléments accréditent plutôt la thèse de la provocation. En tout état de cause, cette opération malheureuse a conduit des parlementaires de différents partis à protester publiquement. Le 22 janvier …