TAIWAN-CHINE: PRIORITE AUX ECHANGES ECONOMIQUES

n° 119 - Printemps 2008

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Taiwan dépendait encore du continent chinois pour plus des quatre cinquièmes de son commerce extérieur (1). Mais, après la fondation de la République populaire de Chine par Mao Zedong, en octobre 1949, et le départ de Chiang Kai-shek (2), en décembre 1949 (3), les échanges commerciaux entre les deux rives chutèrent de façon spectaculaire. La guerre civile qui opposait les forces nationalistes aux communistes s'étendit au détroit de Formose, rendant la traversée de ce dernier extrêmement dangereuse. Qui plus est, la loi martiale instaurée par le leader nationaliste sur l'île à partir de mai 1949 interdit tout contact avec l'« ennemi communiste », frappant de plein fouet le transport maritime entre Taiwan et le continent. Des navires de commerce furent mis à sac et de nombreuses boutiques installées sur le littoral firent faillite (4).Le détroit de Formose fermé au commerce Jusqu'au début des années 1950, un lien commercial fut maintenu par le biais de la contrebande. Profitant le plus souvent de la complicité des autorités locales, des navires taiwanais partaient pour le continent d'où ils rapportaient non seulement des articles de petite dimension facilement transportables, comme des produits alimentaires, des objets de porcelaine ou du papier, mais aussi des matériaux beaucoup plus lourds et plus volumineux comme du bois. Quant aux bateaux chinois, après un détour laissant croire qu'ils empruntaient une autre direction que celle de Taiwan, ils changeaient de cap pour finalement débarquer sur l'île où ils s'approvisionnaient en sucre, charbon ou médicaments occidentaux (5). Pourtant, même ce « commerce » de contrebande allait bientôt cesser à la suite d'une nouvelle montée des tensions. Le 3 septembre 1954, les forces communistes, appelant à la « libération » de Taiwan, bombardèrent une première fois l'île de Jinmen (6). Les États-Unis signèrent alors avec les autorités nationalistes un traité de défense destiné à prévenir toute attaque de grande envergure sur l'île (7). Cette précaution n'empêcha pas le gouvernement communiste de récidiver quatre ans plus tard, le 23 août 1958. Les bombardements, qui se prolongèrent quarante-quatre jours et firent quatre-vingts morts, conduisirent les Américains à envoyer des navires patrouiller dans le détroit. Mais, à partir du 25 octobre 1958, la République populaire de Chine adopta une nouvelle stratégie : Jinmen serait dorénavant visée un jour sur deux (8). Ces bombardements récurrents, qui allaient durer plus de vingt ans, portèrent un coup d'arrêt à toute forme de commerce entre Taiwan et la Chine dite « continentale ». Une reprise progressive des échanges Il fallut attendre le milieu des années 1970 pour assister à une recrudescence des activités de contrebande dans le détroit de Formose. Des bandes organisées originaires de Hong Kong, du Fujian, du Guangdong ou de Taiwan faisaient venir sur le continent des produits taiwanais. Ceux-ci transitaient par Hong Kong, puis Chaozhou ou Shantou dans le Guangdong, à moins qu'ils ne fussent directement acheminés jusqu'aux côtes du Fujian sur des embarcations armées (9). De son côté, en 1977, le gouvernement taiwanais autorisa l'importation, en provenance …