TAIWAN ET L'ASIE-PACIFIQUE

n° 119 - Printemps 2008

Il est communément admis que la sécurité d'une zone donnée dépend à la fois de facteurs nationaux, régionaux et internationaux.Les facteurs nationaux diffèrent sensiblement d'un pays à l'autre. En effet, chaque État élabore sa politique en matière de sécurité en fonction de ses intérêts, des convictions des dirigeants au pouvoir et, surtout, de sa culture stratégique. Les facteurs régionaux, pour leur part, sont communs à des groupes de pays. Dans la zone Asie-Pacifique, la pensée stratégique repose sur la recherche de la stabilité politique, de l'intégration économique et de la coopération en matière de sécurité. Diplomatie préventive ; mesures visant à instaurer une confiance réciproque ; gestion des crises ; création de consensus ; et, enfin, sécurité humaine : telles sont, aujourd'hui, les priorités des gouvernements de la région. À l'intérieur de cette zone, on distingue généralement quatre sous-ensembles - l'Asie du Nord-Est ; l'Asie du Sud-Est ; le Pacifique-Sud ; et l'Asie du Sud -, chacun étant doté de sa propre vision stratégique. À l'évidence, les pouvoirs politiques autoritaires prédominent en Asie du Nord-Est. Les idéologies libérales et les initiatives locales telle l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) sont très populaires en Asie du Sud-Est. Le Pacifique-Sud, largement dominé par l'Australie, a une préoccupation essentielle : être préservé de toute expérimentation nucléaire. Enfin, l'Asie du Sud est très marquée par la vision stratégique de l'Inde, déterminée à agir en tant que pouvoir majeur dans la région et à garantir la paix et la stabilité dans l'océan Indien et sur tout le sous-continent. Les facteurs internationaux, quant à eux, ont connu une profonde recomposition depuis la fin de la guerre froide. On crut un temps que le nouvel ordre international et démocratique ayant succédé à la longue rivalité entre les États-Unis et l'URSS allait durer éternellement. Mais le 11 Septembre a sonné le glas de cette courte période de « post-guerre froide ». Sommes-nous entrés dans une ère de « post-post-guerre froide » ? C'est discutable. Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que, dans le monde actuel, les intérêts nationaux continuent de définir les contours de la politique sécuritaire de chaque pays. Et Taiwan ne constitue pas une exception à cette règle. Une nouvelle perception de la sécurité Les autorités de Taiwan se sont rapidement rendu compte des changements fondamentaux survenus dans la structure de la sécurité internationale depuis la fin de la guerre froide. Cette prise de conscience les a décidées à adapter leur politique étrangère aux nouvelles tendances. L'ancien président Lee Teng-hui (1988-2000) a été l'un des partisans les plus actifs de l'adoption d'une approche plus pragmatique face à Pékin. C'est pourquoi, dès 1987, la « Doctrine Hallstein à la taiwanaise » en vigueur jusqu'alors (1) a été remplacée par l'ouverture à la République populaire de Chine et au continent. Cependant, Pékin continue, aujourd'hui encore, d'isoler Taipei sur la scène internationale. Sous l'influence du géant chinois, un nombre croissant d'États nient la souveraineté taiwanaise - une tendance qui, à l'avenir, ne devrait pas s'inverser. …