TAIWAN: LES RESSOURCES DE LA DIPLOMATIE

n° 119 - Printemps 2008

Parmi tous les pays de la planète, Taiwan possède deux caractéristiques exceptionnelles : en dépit de sa faible superficie et de son manque de ressources naturelles, l'île a connu, au cours des dernières décennies, une croissance si impressionnante que le monde entier parle avec admiration du « miracle taiwanais » ; et pourtant, elle fait l'objet d'un terrible isolement diplomatique sur la scène internationale depuis 1971, année où Taipei a perdu le siège de la Chine aux Nations unies au profit de Pékin. À partir de cette date, la République populaire de Chine (RPC) a systématiquement cherché à exclure Taiwan des organisations internationales, menaçant de rompre ses relations avec tous les États tentés de renforcer leurs liens avec Taipei. Résultat : en février 2008, seuls 23 pays reconnaissaient officiellement Taiwan (1). Afin de contrer l'activisme chinois, Taipei a lancé, à la fin des années 1980, une politique dite de « diplomatie pragmatique ». Cette politique consiste à employer la puissance économique de l'île pour entretenir ou nouer des relations avec les pays amis et mettre en place des relais au sein de la communauté internationale. L'un des principaux instruments utilisés par Taiwan pour mettre en oeuvre cette politique a été l'aide publique au développement (APD). La fin de la guerre froide a entraîné une mutation profonde de l'APD. Désormais, l'accent est mis sur le « développement humain » alors que, jusqu'à la fin des années 1980, seules les considérations stratégiques et diplomatiques étaient prises en compte. La nature de l'aide extérieure a progressivement évolué d'une approche centrée sur les intérêts de l'État à une approche centrée sur les intérêts de la société. Auparavant, l'APD était une sorte de transaction passée entre un pays donateur et un pays receveur, sous-tendue par des enjeux politiques. À présent, elle veut agir « pour les gens ». Les priorités de l'APD sont aujourd'hui consacrées à l'éradication de la pauvreté, à la défense des droits de l'homme, à l'amélioration du système médical, à l'assistance technique, à l'éducation, à la protection de l'environnement ou encore à la progression des droits des femmes. L'aide extérieure de Taiwan est donc entrée dans une phase de transition alors même que la compétition que l'île livre à la RPC par programmes d'aide interposés n'a pas cessé. Il est vrai que les gouvernements ne contrôlent plus l'intégralité des programmes d'aide extérieure, que ce soit en termes de conception ou de mise en oeuvre. Il est vrai, aussi, que la complexité de la notion de « développement humain » a changé la donne : les traditionnels programmes bilatéraux ont cédé la place à des schémas à la fois plus diversifiés et plus spécialisés. Il n'en demeure pas moins que les motivations diplomatiques restent, à ce jour, le facteur déterminant de la politique taiwanaise en matière d'aide extérieure. La répartition géographique des bénéficiaires de cette aide l'atteste : il s'agit essentiellement de pays amis de Taiwan. Cependant, avec la prise en compte des « Objectifs du millénaire pour le développement », l'aide extérieure …