TAIWAN: VERS UNE NOUVELLE STRATEGIE DE DISSUASION?

n° 119 - Printemps 2008

La paix et la stabilité dans le détroit de Formose reposent en bonne partie sur la capacité de dissuasion des forces armées de Taiwan. En plus de cette mission fondamentale pour l'avenir de l'Asie orientale, l'armée taiwanaise porte également la responsabilité de la protection du système démocratique de l'île (1) et de l'indépendance de facto de la République de Chine à Taiwan (le nom officiel de Taiwan). Au moment où le président Chen Shui-bian, élu en mars 2000, quitte le pouvoir après deux mandats, force est de constater qu'aucune crise n'a éclaté dans le détroit et que les objectifs du gouvernement de Taipei en matière de sécurité ont été atteints. Mais la paix demeure fragile. Le potentiel de crise est loin d'avoir disparu, tant le consensus souverainiste qui cimente la population taiwanaise au-delà de ses divisions reste inacceptable pour Pékin.De part et d'autre du détroit, les positions sur le statut de Taiwan - considéré en Chine comme une partie intégrante du territoire chinois et dans l'île comme un État souverain - sont, en effet, inconciliables quel que soit le parti au pouvoir à Taipei (2). Dans ce contexte tendu, Taipei doit, ces dernières années, faire face à la formidable montée en puissance de la Chine, en particulier sur le plan militaire. L'adaptation de sa politique de défense à cette nouvelle donne stratégique ne se fait ni sans douleur ni sans interrogations sur sa capacité à résister sur le moyen terme. Car Taiwan n'a déjà plus les moyens de contrer la puissance militaire chinoise en relevant le défi de la course aux armements. En l'absence d'accord politique entre les deux rives, ce sont les mécanismes de la dissuasion qui garantissent le maintien de la paix et de la stabilité dans le détroit. Dès lors, la sécurité de Taiwan doit reposer sur plusieurs piliers : une armée modernisée, dont les composantes maritime, terrestre et aérienne seraient capables de mener des opérations conjointes relevant d'un commandement intégré ; des capacités asymétriques exploitant les vulnérabilités de la Chine ; un lien de coopération fort avec les États-Unis ; et, last but not least, un ensemble de mesures non militaires. Pour éviter un conflit avec Pékin et consolider ses relations avec Washington, le gouvernement de Taipei doit, aussi, opter clairement pour une stratégie visant à maintenir le statu quo dans le détroit. Le second mandat de Chen Shui-bian a prouvé qu'une stratégie semblant préparer une proclamation officielle d'indépendance ne risquait pas seulement de provoquer une offensive chinoise : elle favorisait également un désengagement américain de la sécurité de l'île. Le réalisme contraint donc les Taiwanais à faire preuve de retenue dans leur quête de reconnaissance. Après son entrée en fonctions, le 20 mai 2008, Ma Ying-jeou, le nouveau président élu, inscrira sa politique de défense dans la continuité de celle de son prédécesseur, même s'il y introduira certains ajustements. Dans un premier temps, sa promesse de ne pas poursuivre l'indépendance de Taiwan, sa volonté de recentrer les relations Chine-Taiwan sur les dossiers économiques et, surtout, …