ALLEMAGNE, ANNEE SOIXANTE

n° 122 - Hiver 2009

2009 sera pour l'Allemagne l'année des commémorations : le 23 mai prochain, le pays célébrera le soixantième anniversaire de la fondation de la RFA ; et le 9 novembre, il festoiera à l'occasion des vingt ans de la chute du Mur de Berlin. Mais l'heure ne sera pas seulement aux réjouissances. Tout au long de l'année, le gouvernement devra s'efforcer de juguler les effets de la crise financière internationale. Et le 27 septembre se tiendront les élections législatives qui pourraient bien modifier l'équilibre politique du pays : rappelons que depuis les dernières élections, organisées en 2005, le pouvoir est exercé par une « grande coalition » composée de la CDU/CSU (droite modérée) et des démocrates sociaux du SPD. Pour notre consoeur allemande Cicero et pour Politique Internationale, la chancelière Angela Merkel, qui vient d'être triomphalement réélue à la tête de la CDU, a accepté, dans cet entretien exceptionnel, de donner très librement son sentiment sur tous ces sujets d'actualité.P. I. Martina Fietz et Wolfram Weimer - Mme Merkel, vous avez prévenu vos compatriotes : à la suite de la crise financière, l'année 2009 risque d'être difficile. Les jours « gras » de l'Allemagne sont-ils révolus ?
Angela Merkel - Même s'il est encore trop tôt pour évaluer toutes les conséquences que ces événements auront sur l'économie mondiale, chacun doit prendre conscience du fait que la crise est vraiment profonde. Dans de telles circonstances, l'État devra jouer, vous vous en doutez, tout son rôle et contribuer à amortir le choc que subit la population. Mais ne croyez surtout pas que 2008 aura été la dernière année au cours de laquelle l'Allemagne s'est bien portée ! Dans l'avenir, aussi, l'économie connaîtra des hauts et des bas. Le gouvernement fédéral a vite réagi : nous avons adopté un paquet de mesures visant à stabiliser le marché financier et un autre destiné à améliorer la conjoncture générale - et, particulièrement, à soutenir le marché du travail. Notre objectif est de consolider l'économie afin qu'elle reparte vers le haut dès 2010.
M. F. et W. W. - Est-ce à dire que la situation ne serait pas aussi grave qu'on le prétend ?
A. M. - Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit ! La crise financière mondiale est un énorme défi. Ne serait-ce que parce que nous devons être capables d'endiguer les excès des marchés tout en continuant à promouvoir les principes de l'économie sociale de marché (1) - des principes qui, de mon point de vue, doivent s'imposer à l'échelle mondiale. Et tout cela, bien sûr, sans renoncer à défendre nos idéaux démocratiques ainsi que les valeurs de liberté et de responsabilité qui nous sont chères. La liberté des marchés a besoin d'un cadre clair. Ce qui est sûr, c'est que c'est à nous, Allemands, qu'il appartient de convaincre les autres pays de l'intérêt de cette économie sociale de marché qui inspire notre action...
M. F. et W. W. - À quels pays songez-vous en particulier ?
A. M. - En fait, l'économie sociale de marché peut aider les hommes partout sur la planète.
M. F. et W. W. - Est-ce au nom de cette économie sociale de marché que vous n'avez pas suivi ceux qui, pour endiguer la propagation de la crise économique actuelle, vous ont recommandé de procéder à des baisses d'impôts et de lancer des programmes conjoncturels supplémentaires ?
A. M. - Il est évident que nous ne pouvons pas nous permettre d'augmenter de manière irresponsable l'endettement de l'État. La population de l'Allemagne, comme celle de toute l'Europe, est dans l'ensemble en train de vieillir. Gérer le vieillissement démographique de la meilleure manière sera l'une des grandes tâches des années à venir. Nous y serons particulièrement confrontés dans le milieu de la prochaine décennie. Le gouvernement fédéral a déjà réussi à faire baisser la dette de l'État. Mais, dans le futur, la dette sera remboursée par toujours moins d'individus. La charge qui pèsera sur chaque individu sera …