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UNE ECONOMIE QUI GAGNE

L'héritage de l'Union soviétique
L'effondrement de l'Union soviétique a été l'un des plus grands événements du XXe siècle. Comme tout événement de cette ampleur, il peut s'expliquer par une multitude de facteurs : les bouleversements géopolitiques, l'évolution des rapports Est-Ouest, la prise de conscience démocratique des opinions publiques... Mais la plupart des analyses privilégient les causes économiques : le système soviétique était incapable d'assurer un revenu décent à la majorité de la population et ne lui offrait aucun espoir d'amélioration. Et le pire était à venir : dans ce pays presque dépourvu de traditions démocratiques, le gros du fardeau de la transition a été supporté par la population qui a vu sa situation se dégrader dramatiquement. À tel point que, pendant quelques années, la lutte contre la pauvreté est devenue le défi majeur de l'espace post-soviétique. L'Arménie était la plus petite république de l'URSS. Son économie, essentiellement basée sur l'industrie (qui représentait 50 % de son PIB en 1985) (1), était fortement dépendante des échanges avec les autres républiques. Mais elle affichait le niveau de vie le plus élevé de tout l'espace soviétique, et ses performances la plaçaient en tête, juste derrière les pays baltes (2).
Pourtant, les conséquences de l'effondrement de l'Union soviétique ont été ressenties plus durement en Arménie qu'ailleurs, notamment à cause du terrible tremblement de terre de 1988 qui a dévasté le nord et le nord-ouest du pays et détruit le tiers de son économie.
La rupture des relations économiques au sein de l'Union soviétique et la fermeture des deux tiers des frontières de l'Arménie (du fait du conflit du Haut-Karabagh) ont été une véritable catastrophe pour ce pays enclavé qui tirait une bonne part de ses ressources des échanges avec l'extérieur. Imaginez la Suisse soudain privée de tous ses contrats et isolée après la fermeture de ses frontières avec l'Allemagne et l'Italie ! L'incapacité du gouvernement arménien à gérer la transition a entraîné une profonde récession : le PIB a chuté de plus de 50 %, plongeant la population dans la détresse matérielle et engendrant un flux d'émigration massive (environ 10 % de la population totale) (3).
Faute de posséder des institutions économiques viables, notamment des autorités monétaires, l'Arménie a suivi la Russie, en particulier lors de la libération des prix instaurée par le gouvernement Gaïdar en janvier 1992. Ce qu'on devait plus tard appeler la « thérapie de choc » visait à constituer une masse critique d'entrepreneurs privés afin de briser définitivement l'emprise des ministères soviétiques et de rendre les réformes irréversibles (4). En Arménie, la question n'a jamais été formulée exactement dans ces termes, ce qui ne l'a pas empêchée de procéder à des réformes profondes.
Malgré le succès de la privatisation des terres, menée tambour battant en 1991, la privatisation du secteur industriel a suivi une autre voie : la méthode retenue - dont la justification économique était discutable mais qui présentait l'avantage d'être perçue par la population comme plus juste - fut celle des coupons. Ce choix a retardé la nécessaire …