EN FINIR AVEC BACHAR

n° 134 - Hiver 2012

Oncle du président Bachar al-Assad, Rifaat al-Assad, 71 ans, a été vice-président de la République arabe syrienne avant d'être placé en résidence surveillée puis contraint à l'exil en 1998 par son frère Hafez al-Assad - un homme qui, on le sait, dirigea la Syrie d'une main de fer jusqu'à sa mort en 2000. Dans ce premier long entretien à un média occidental, il raconte de l'intérieur un système clanique qu'il a contribué à façonner. Rifaat al-Assad commanda en effet les Brigades de défense et, à ce titre, joua un rôle de premier plan dans la répression de l'insurrection islamiste qui culmina en 1982 avec l'éradication de la mouvance des Frères musulmans à Hama (15 à 20 000 morts). L'ancien dirigeant syrien partagea ensuite son temps entre Londres, Marbella et Paris, tout en limitant ses apparitions publiques. Mais la révolte populaire lancée à partir de mars 2011 contre la dictature baasiste toujours au pouvoir dans son pays l'a conduit à rompre le silence. Dans cette interview accordée à Politique Internationale, il implore les autorités américaines de « parrainer une opposition » qui rassure les minorités. Rifaat al-Assad pense d'abord à celle à laquelle il appartient - les alaouites, issus du chiisme -, mais aussi aux chrétiens et aux druzes qui, effrayés à l'idée de voir les islamistes accéder au pouvoir, continuent de soutenir le régime de Bachar. Tout en décrivant la personnalité de son neveu, Rifaat al-Assad dévoile ses intentions : il aimerait participer à une transition qui éviterait à la Syrie de sombrer dans le chaos. G. M. Georges Malbrunot - Comment stopper la violence de la répression menée par le régime syrien contre les manifestants ? Rifaat al-Assad - Le pouvoir syrien est condamné. Il aurait pu survivre à la révolte s'il avait réagi autrement que par la force au cours des deux premiers mois. Il est maintenant isolé au sein du monde arabe, et la communauté internationale l'a lourdement sanctionné. Mais celle-ci ne doit pas relâcher la pression, sinon il pourrait encore tenir des mois. Je suis membre de la communauté alaouite, mais je n'approuve pas mon neveu Bachar al-Assad. Je ne suis pas le seul : comme moi, de nombreux alaouites n'aiment pas ce régime. Le problème, c'est qu'ils ont peur ; alors, faute de mieux, ils continuent de le soutenir. Si les États-Unis pouvaient rassurer les alaouites - ne serait-ce qu'une seule fois, comme ils le font régulièrement avec Israël -, ceux-ci changeraient de position vis-à-vis de Bachar al-Assad. Les Américains, les Français et le reste des Occidentaux avec eux devraient leur dire ceci : vous êtes une minorité, mais le monde ne restera pas les bras croisés si, demain, on vous attaque. Ils devraient nous dire qu'ils connaissent notre histoire, les persécutions qui nous ont frappés et la haine que nous vouent les musulmans extrémistes. Comme moi, de très nombreux alaouites sont persuadés que si le régime actuel tombait, les islamistes prendraient le pouvoir à Damas et chercheraient à se venger de notre communauté. Les alaouites seraient d'autant plus facilement massacrés que la charia les a déjà condamnés en tant qu'infidèles. Après bientôt un an de révolte infructueuse, il est donc urgent que les Occidentaux parrainent une opposition qui rassure les minorités. Si non seulement les alaouites, mais aussi les chrétiens, les Kurdes, les druzes et les Turkmènes se sentaient protégés, ils auraient tôt fait de lâcher Bachar. G. M. - N'est-ce pas ce que cherche à faire le Conseil national syrien, la principale formation d'opposition et son chef Burhan Ghalioun ? R. A. - Pas du tout. L'opposition, sur ce point, a échoué. Elle a été incapable de tendre la moindre perche aux alaouites ou aux chrétiens. Combien sont-ils au sein de leur Conseil national ? Très peu. Combien y a-t-il, jusqu'à présent, de généraux alaouites et chrétiens qui ont fait défection ? Aucun ! L'opposition devrait se poser des questions sur l'absence de tels ralliements. Quant à Burhan Ghalioun, laissez-moi sourire. C'est peut-être un excellent conférencier à la Sorbonne, mais il n'est guère connu en Syrie, en tout cas, pas pour son sens politique, ni pour ses capacités à mener un combat ou, a fortiori, une guerre. C'est un tarbouche que les autorités turques ont posé sur la tête des Frères musulmans. Voilà ce qu'est Burhan Ghalioun : un instrument que manipule Ankara et qui masque l'influence prépondérante des islamistes au sein de l'opposition en exil. Mais ce tarbouche turc va disparaître un jour ou l'autre et, à la place, vous verrez apparaître l'épée d'Ibn Tarmya, le chantre du salafisme. Les …