L'EXCEPTION JORDANIENNE

n° 135 - Printemps 2012

Frédéric Encel - Majesté, entrons dans le vif du sujet : la déstabilisation du régime de Bachar al-Assad ne risque-t-elle pas de mettre en péril la sécurité de la frontière nord de la Jordanie ? Abdallah de Jordanie - À l'heure actuelle, il est impossible de prévoir l'issue de la crise syrienne. Malheureusement, le sang pourrait bien continuer de couler... L'imprédictibilité de la situation a évidemment des implications sérieuses pour la sécurité de la Jordanie, à commencer par le contrôle des frontières. Notre frontière nord est sécurisée, mais nous sommes conscients que la situation peut empirer et s'embraser à tout moment. En tout cas, nous éprouvons déjà les effets de la crise au niveau économique : la majeure partie de nos exportations et de nos importations avec le Liban, la Turquie et l'Europe transitaient par le territoire syrien. En outre, jusqu'au déclenchement de la crise, la Syrie absorbait à elle seule presque un tiers de nos exportations de fruits et légumes. Mais ce qui me préoccupe tout particulièrement, c'est la situation humanitaire. Et je peux vous assurer que tous les Jordaniens partagent ma préoccupation. Vous n'êtes pas sans savoir que les Jordaniens et les Syriens entretiennent des liens étroits - et cela, pas seulement du point de vue culturel et économique, mais aussi familial. Nous fournissons une assistance médicale aux réfugiés syriens et nous avons déjà inscrit environ cinq mille enfants syriens dans nos écoles. Nous nous préparons du mieux que nous le pouvons à une éventuelle catastrophe humanitaire. Nous mettons en place des camps dotés de toutes les infrastructures nécessaires ; nous travaillons de concert avec le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés ; et nous avons chargé la Jordan Hashemite Charity Organization de coordonner les opérations d'aide. Mais si une urgence humanitaire de grande ampleur survenait, nous aurions besoin d'un soutien massif de la part de la communauté internationale. Je vous rappelle que nous avons dû affronter une crise très sévère quand près de 700 000 Irakiens se sont réfugiés en Jordanie. Nos infrastructures - de distribution d'eau comme d'accueil des écoliers - avaient alors été exploitées jusqu'à leur extrême limite. Sans oublier que le prix des logements et des biens de première nécessité avait explosé. F. E. - À l'est, l'Irak peine également à trouver la stabilité. La rivalité entre les chiites et les sunnites ne cesse de croître. En tant que descendant direct du Prophète, croyez-vous que la réconciliation entre ces communautés est possible en Irak, mais aussi au Liban et au Pakistan ? A. de J. - La réconciliation est toujours possible. L'islam professe la réconciliation, à commencer par celle des musulmans. Le Saint Coran dit : « Les croyants ne sont-ils pas des frères ? Établissez la concorde entre vos frères, et craignez Dieu, afin qu'on vous fasse miséricorde » (sourate 49, verset 10). La région et la communauté internationale dans son ensemble ont besoin d'un Irak stable et prospère. Pour y parvenir, nous devons tous soutenir le processus de réconciliation et …