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MOYEN-ORIENT : LA STRATEGIE DE LA MAISON-BLANCHE

Dennis Ross, 63 ans, dispose d'une expérience incomparable : il a conseillé pas moins de cinq présidents américains sur les questions relatives au Moyen-Orient. Après avoir servi en tant qu'expert dans les administrations Carter et Reagan, il a assisté George H. W. Bush dans l'organisation de la conférence de paix de Madrid en 1991, au lendemain de la première guerre du Golfe. Il a aidé Bill Clinton à réunir Yasser Arafat et Ehoud Barak à Camp David en 2000 - jamais auparavant les Palestiniens et les Israéliens n'avaient été si proches d'un accord de paix définitif. Et à partir de 2009, aux côtés du président Obama, il a été l'architecte de la campagne visant à mettre un terme au programme nucléaire iranien. M. Ross, qui est juif, a parfois été accusé de se montrer trop amical envers Israël. La vérité, c'est que cet homme élancé, au verbe posé, qui a eu d'innombrables entretiens privés avec toutes les personnalités qui comptent au Moyen-Orient, s'est toujours efforcé de servir les intérêts américains et de mettre fin aux conflits qui ensanglantaient la région. Dans cet entretien exclusif accordé à Politique Internationale, ce spécialiste toujours très écouté explique pourquoi l'action militaire n'est plus considérée comme une hypothèse d'école pour mettre fin aux ambitions nucléaires de Téhéran - tout en soulignant qu'il faudrait donner à l'Iran un peu plus de temps et lui offrir une voie qui lui permettrait de changer de cap sans perdre la face. Auteur de plusieurs ouvrages consacrés aux questions diplomatiques, M. Ross a quitté la Maison-Blanche en novembre 2011. Il est aujourd'hui chercheur au Washington Institute for Near East Policy. D. R. Politique Internationale - Monsieur Ross, 2012 est l'année de l'élection présidentielle aux États-Unis. Sera-t-elle également décisive pour ce qui concerne le dossier de la nucléarisation de l'Iran ? Dennis Ross - Ce qui est sûr, c'est que ce dossier constitue une préoccupation majeure de l'administration actuelle depuis le premier jour. Lors de sa première année de mandat, le président Obama a eu de nombreuses rencontres et discussions téléphoniques avec le président russe Dmitri Medvedev et son homologue chinois Hu Jintao. Chaque fois, l'Iran était au centre des débats. Le président a parfaitement compris qu'il était urgent de tout faire pour modifier l'attitude de Téhéran. C'est pourquoi il a essayé d'engager un dialogue direct avec les autorités iraniennes. Hélas, cet effort s'est révélé infructueux... Mais il n'aura pas été vain : chacun a pu constater la bonne volonté américaine et l'obstination iranienne. Il est d'autant plus facile, désormais, de mobiliser la communauté internationale pour mettre Téhéran sous pression. Aucun pays ne veut voir l'Iran se doter de l'arme nucléaire. Aussi longtemps que les Iraniens n'auront pas pris de mesures tangibles visant à montrer qu'ils sont prêts à se contenter du nucléaire civil et qu'ils acceptent la mise en place de pare-feu infranchissables qui les empêcheront d'accéder au nucléaire militaire, la pression doit continuer de croître. Les Iraniens doivent comprendre que l'approche diplomatique ne durera pas éternellement et que la communauté internationale dans son ensemble n'a nullement l'intention de prolonger indéfiniment des négociations dont Téhéran profite pour approfondir ses ambitions nucléaires. Les négociations offrent aux Iraniens une porte de sortie qui leur permet de sauver la face, mais ils doivent accepter nos exigences ou en souffrir les conséquences. P. I. - La tension autour du programme nucléaire iranien est plus palpable que jamais. Sur quel aspect de la crise la communauté internationale doit-elle concentrer prioritairement son attention ? D. R. - L'élément le plus important, en ce moment, c'est la façon dont les Israéliens perçoivent la situation. Ils ont l'impression que si rien n'est fait rapidement, ils ne pourront plus faire jouer l'option d'une intervention militaire. Pour une raison simple : une fois que l'Iran sera doté de l'arme nucléaire, Israël ne pourra plus l'attaquer, de crainte de subir des représailles atomiques... Il faut bien comprendre que, aux yeux d'Israël, le programme nucléaire iranien représente une menace existentielle. Autrement dit : les Israéliens estiment que si l'Iran obtient la maîtrise du nucléaire militaire, leur existence même sera en grand danger. Comment, dans ces conditions, ne pas prendre très au sérieux l'éventualité d'une intervention militaire israélienne visant à détruire le programme nucléaire de l'Iran avant qu'il ne soit trop tard ? P. I. - N'est-ce pas un discours que l'on entend depuis plusieurs années ? D. R. - Vous avez raison. Ce sentiment n'est pas nouveau. Je tiens cependant à souligner que, en 2009-2010, les Israéliens ont mis un bémol à leur inquiétude : ils semblaient reconnaître que nous parvenions à perturber le développement du programme iranien grâce aux sanctions sur les technologies …