CAMERON ET L'EUROPE

n° 139 - Printemps 2013

Les sourires radieux, les cris d'enthousiasme et les papiers agités avec ferveur par les députés conservateurs en disent long. Ce mercredi 23 janvier 2013, en entrant dans la Chambre des communes pour la traditionnelle session hebdomadaire des questions au premier ministre, David Cameron sait qu'il a gagné son pari. Les eurosceptiques de son parti, soit environ les deux tiers des troupes, sont aux anges. Sur le réseau social Twitter, les députés tories (1) rivalisent de superlatifs. David Cameron est devenu leur nouveau héros. Quelques heures plus tôt, il a prononcé son discours tant attendu sur l'Europe, promis depuis un an et repoussé à de multiples reprises. Surtout, il a annoncé un référendum sur le maintien ou non du Royaume-Uni au sein de l'Union européenne, réclamé depuis des lustres par la frange eurosceptique des conservateurs. Le député Douglas Carswell (2) explique à la presse, avec des trémolos dans la voix, « avoir espéré entendre un tel discours dans la bouche d'un premier ministre conservateur toute [sa] vie d'adulte »... Le référendum, un pari insensé ? Contrairement à son habitude, David Cameron apparaît assez nerveux. Peut-être réalise-t-il qu'il joue là une partie de poker délicate. Peut-être se souvient-il, aussi, d'un éditorial de l'hebdomadaire conservateur The Economist qui, en décembre 2012, qualifiait alors l'éventualité d'un référendum de « pari insensé » (3)... Pourtant, son discours ne se révèle pas catégoriquement eurosceptique. Bien au contraire : David Cameron se prononce sans ambiguïté pour le maintien du Royaume-Uni au sein de l'Union européenne. « Je ne suis pas un Britannique isolationniste », martèle-t-il ; « je ne veux pas quitter l'Union européenne, je veux la réformer ». Mieux, ajoute-t-il, « je ne veux pas d'un meilleur accord seulement pour le Royaume-Uni ; je veux aussi un meilleur accord pour l'Europe, je veux une Europe qui soit un succès. Et je veux une relation entre le Royaume-Uni et l'Union européenne qui nous maintienne en son sein ». Bureaucratie écrasante, parlements nationaux ignorés : il dresse l'inventaire de ce qui, à ses yeux, fonctionne mal dans l'Union européenne, rejoignant là, finalement, bon nombre de ses homologues européens et de leurs opinions publiques. D'où une certaine surprise lorsqu'il annonce en toute fin de discours l'organisation d'ici à 2017 d'un référendum. Cette consultation, précise-t-il, n'aura lieu qu'après des négociations sur le rapatriement de certaines prérogatives, dont il se garde bien de donner le détail et sur lesquelles il ne s'est pas étendu depuis. Une autre condition s'impose : il faut impérativement que les conservateurs remportent les prochaines élections générales, prévues au printemps 2015. La tentation de « faire chanter » l'Europe « Mais quelle mouche l'a donc piqué ? », s'interrogent en choeur responsables politiques et éditorialistes. La surprise de l'annonce est d'autant plus grande que les mises en garde, tant au Royaume-Uni qu'à l'étranger, se sont multipliées au cours des semaines qui ont précédé le discours. Au Royaume-Uni, c'est lord Heseltine, ancien ministre de Margaret Thatcher et artisan de sa chute (4), qui avait ouvert le ban et …