UN SECOND MANDAT POUR CHANGER L'AMERIQUE ?

n° 139 - Printemps 2013

La scène se passe lors du sommet sur la sécurité nucléaire tenu à Séoul en mars 2012. Barack Obama s'entretient avec Dmitri Medvedev qui est encore, pour quelques semaines, le président de la Fédération de Russie. Les deux dirigeants abordent l'épineuse question du projet de bouclier antimissile en Europe (1). Croyant dialoguer en toute discrétion, alors que les micros sont en réalité encore ouverts, le numéro un américain confie à son homologue russe que celui-ci doit lui laisser un peu de temps, jusqu'à l'élection présidentielle de novembre : « C'est ma dernière élection. Une fois réélu, j'aurai plus de flexibilité », susurre-t-il. Et Medvedev de répondre qu'il a bien compris le message, un message qu'il répétera à « Vladimir ». Huit mois plus tard, Barack Obama est effectivement réélu. Lors de sa première conférence de presse, le président se laisse aller à une confidence : « Je suis plus que familier avec la littérature qui évoque les attentes démesurées que suscite un deuxième mandat. Nous n'entretiendrons pas à la légère de folles espérances » (2). Début mars 2013, suite au blocage politique qui oppose les républicains et les démocrates au Congrès autour de la question du « mur budgétaire », Obama déclare en conférence de presse : « La réduction du déficit est une partie importante de mon programme, mais pas la seule. Et je ne veux pas être paralysé sur tous les dossiers uniquement parce que nous sommes en désaccord sur une question donnée. » Entre la liberté que laissait augurer la réélection et la malédiction redoutée - les Américains parlent de second term curse à propos des seconds mandats, souvent moins réussis que les premiers -, le chemin de Barack Obama est étroit. Une chose est certaine : l'Histoire a montré que, contrairement aux idées reçues, loin d'être un long fleuve tranquille éloigné des contraintes électoralistes, le second mandat est parsemé de défis inédits pour le président. Une malédiction ? La liste des malheurs survenus lors d'un second mandat a de quoi donner le tournis à tout président qui s'apprête à passer quatre nouvelles années au 1600 Pennsylvania Avenue à Washington D.C. Certains voient même dans l'échec du second mandat une loi inscrite dans le marbre (3) ! Une victoire dans un fauteuil - a landslide victory, ce que n'a pas obtenu Barack Obama - n'offre pas la garantie d'un deuxième mandat réussi. Ainsi Richard Nixon, confortablement réélu en 1972 face à Barry Goldwater, a-t-il achevé piteusement sa présidence par une démission qui lui permit d'éviter d'être destitué suite à l'affaire du Watergate. Ronald Reagan, vainqueur aisé de Walter Mondale en 1984, a connu un second mandat difficile marqué par le scandale de l'Iran/Contra-Gate - une sombre affaire de ventes d'armes illégales à l'Iran sur fond de libération d'otages américains et de recherche de financements pour soutenir la contre-révolution des Contras au Nicaragua face aux sandinistes de Daniel Ortega. Bill Clinton, reconduit dans ses fonctions sans trembler en 1996 face à Bob Dole et à Ross Perrot, a …