Algérie : l'impossible relève

n° 145 - Hiver 2014

Immobilisme, voire fossilisation de la scène politique ; vide politique sidéral ; aggravation des luttes sempiternelles et toujours plus opaques au sommet de l'État... Plus que jamais, le statu quo domine en Algérie. C'est une exception dans une région en plein bouleversement. Alger semble très loin de l'effroyable guerre civile qui dévaste la Syrie ; du chaos qui prévaut dans une Libye où l'État central est impuissant à endiguer les affrontements de milices rivales surarmées ; et de l'offensive, en Irak, des djihadistes de l'État islamique (EI). Moins rassurant, en revanche, pour l'avenir de cette Algérie qui s'est forgée une image de « république-nationaliste-et-militaire-solide-et-prospère » : son évolution est aux antipodes de celle de la « petite » Tunisie voisine, premier et seul pays à avoir fait chuter un dictateur sans retomber dans l'anarchie, la guerre ou l'autoritarisme et qui avance très lentement mais sûrement vers l'édification d'un État pluraliste.
La campagne qui a abouti à la réélection, le 17 avril 2014 (1), d'Abdelaziz Bouteflika restera dans les annales politiques comme l'illustration la plus caricaturale de cette stagnation. Jamais jusqu'ici, même du temps des gérontes de l'ex-URSS, on n'avait vu un mort-vivant ambitionner, à 77 ans, de se succéder à lui-même pour la quatrième fois après avoir été victime d'un accident vasculaire cérébral. Jamais on n'avait imaginé que Bouteflika, qui n'entend visiblement abandonner le pouvoir qu'en quittant la vie, pourrait être un candidat fantôme déléguant à d'autres le soin de faire campagne à sa place. Nul ne s'attendait non plus à le voir prêter serment, l'air hagard, en chaise roulante, lisant seulement la première des douze pages de son discours d'une voix cassée, quasiment inaudible. C'est pourtant ce qui s'est passé, dans un silence international assourdissant (2) dicté par les impératifs de la realpolitik (3). Avant que le rideau ne retombe sur une scène politique totalement figée et sur des candidats-lièvres qui, présidentielle après présidentielle, servent à crédibiliser un vote joué d'avance.


Du soulèvement de l'espoir à la guerre fratricide


Aussi apparent soit-il, ce calme - qualifié d'« exception algérienne » par les autorités et présenté comme preuve irréfutable de « stabilité » - est un cas d'école s'agissant d'un pays où une grande partie de la société se trouve en rupture totale avec le système. On n'y compte plus les grèves de la faim, immolations, manifestations, affrontements avec la police, jacqueries localisées et caillassages des sièges des administrations comme si celles-ci symbolisaient l'autisme auquel se heurtent toutes les revendications...
On conçoit dès lors difficilement que rien ne bouge dans cette Algérie où le mécontentement populaire est si profond qu'une étincelle peut tout enflammer. Le pays concentre, en effet, tous les ingrédients d'une explosion sociale incontrôlable : autoritarisme, immenses disparités de revenus, chômage massif (4), manque de quelque cinq millions de logements, système éducatif en lambeaux, misère des laissés-pour-compte (5) qui voient de nouveaux nababs exhiber avec arrogance leurs fortunes mal acquises, corruption endémique (6) qui permet de neutraliser les concurrents, de discréditer les adversaires et de fragmenter l'élite politique, …

Sommaire

Israël au cœur des tempêtes

Entretien avec Avigdor Lieberman par Aude Marcovitch et Patrick Wajsman

Gaza : sortir du cycle de la guerre

par Jean-Pierre Filiu

La revanche du califat

par Myriam Benraad

Liban : une nouvelle terre de jihad?

par Sibylle Rizk

Les Kurdes face à leur destin

par Dorothée Schmid

Égypte : Al-Sissi Imperator ?

par Marion Guesnard

Algérie : l'impossible relève

par José Garcon

Moyen-Orient : le grand séisme

Entretien avec Gilles Kepel par Mikaël Guedj

France-Allemagne : les affinités électives

Entretien avec Ursula von der Leyen et Jean-Yves Le Drian

Matteo Renzi, l'homme qui veut changer l'Italie

par Richard Heuzé

Lettonie : les défis européens

Entretien avec Edgars Rinkevics par Antoine Jacob

Moldavie : le désir d'Europe

Entretien avec Iurie Leanca par Régis Genté

Russie : le credo orthodoxe

Entretien avec Konstantin Malofeev par Alexandre Del Valle

Ukraine : les arrière-pensées de Vladimir Poutine

Entretien avec Pavel Felgengauer par Galia Ackerman

Regards croisés sur la FED et la BCE

Entretien avec Edmond Alphandéry par Jean-Pierre Robin

Les enjeux du financement de l'économie

par Michel Aglietta

De l'inconvénient du court-termisme

Entretien avec John Kay par Hugh Wheelan

La collaboration, nouvelle norme pour les investisseurs

par Fiona Reynolds

OCDE : des principes directeurs pour quoi faire ?

Entretien avec Cristina Tebar Less par Mathieu Bouquet

Une transparence à la française

Entretien avec Bertrand Fournier par Michèle Bernard-Royer

L'investissement responsable en Europe

par Anne-Catherine Husson-Traoré

Investissement de long terme : la pratique d'un institutionnel français

Entretien avec Laurent Deborde par la Rédaction de Politique Internationale

Accompagner la compétitivité de long terme des entreprises

par Pascal Lagarde

L'exemple du fonds souverain norvégien

Entretien avec Siv Jensen par Antoine Jacob

Fonds de pension et gestion durable

Entretien avec Jaap van Dam par Hugh Wheelan