Ce que je crois

n° 149 - Hiver 2015


Fabien Zamora et Grégory Rayko - Entrons, si vous le voulez bien, dans le vif du sujet : quelle analyse faites-vous des élections régionales qui se sont tenues le 27 septembre en Catalogne (1) ?
José Maria Aznar - D'abord, rappelons les faits : les partis qui sont arrivés en tête de ce scrutin sont ceux qui défendent l'indépendance de la Catalogne. S'agit-il, pour autant, d'une victoire indiscutable des indépendantistes ? Je ne le crois pas. En effet, ils ont voulu présenter ces élections régionales comme un référendum sur l'indépendance. Or, de ce point de vue, le résultat des urnes a été, pour eux, un échec puisqu'ils n'ont pas obtenu la majorité absolue des suffrages. Il n'en demeure pas moins que le processus lancé par les indépendantistes ne va pas s'arrêter là.
F. Z. et G. R. - L'indépendance de la Catalogne est-elle inéluctable ?
J. M. A. - Certainement pas. Ma conviction, c'est qu'il n'y aura pas d'indépendance. Au bout du compte, la région restera au sein de l'Espagne. Les récentes élections ont montré que la majorité des Catalans ne voulaient pas de l'indépendance.
Permettez-moi un bref retour en arrière. Je rappelle qu'une part de l'accord de transition qui a permis l'instauration de la démocratie en 1978 portait sur le modèle territorial, sur l'organisation de l'État. L'État reconnaissait la pluralité du pays et acceptait l'expression des nationalismes locaux ; en contrepartie, les tenants de ces nationalismes s'engageaient à être loyaux envers l'unité nationale. Or les nationalistes catalans ont rompu cet accord. L'accord de la transition n'existe plus, dans les faits. Il faut donc, pour l'avenir du pays, reconfigurer, redéfinir de nouveaux accords politiques. J'espère que, dans les dix ou douze prochaines années, nous parviendrons à réduire le nationalisme et à réaffirmer la stabilité de l'État espagnol. Ce serait formidable en termes économiques, en termes sociaux, en termes d'expansion du pays. Toutes les conditions sont réunies pour que l'Espagne vive une autre décennie prodigieuse. Mais il est indispensable, pour cela, de maintenir la stabilité politique.
Selon moi, il n'y a aucune raison de modifier la Constitution espagnole comme le réclament les indépendantistes catalans (2). Au contraire, il convient de réaffirmer notre Loi fondamentale. Ce serait une grave erreur que de changer la Constitution pour satisfaire les sécessionnistes ! Reste que, avant que ce chapitre se referme définitivement, il y aura sans doute encore de nombreux débats enflammés et, je le dis franchement, néfastes. Néfastes car ils provoquent l'instabilité de la Catalogne. La région est de plus en plus divisée. Les familles, les amis, les groupes sociaux se déchirent. Ces querelles mettront un long moment à s'apaiser. D'autant que les indépendantistes sont extrêmement déterminés. Ils attendront sans doute l'issue des élections législatives générales de décembre prochain pour décider de la stratégie qu'ils vont désormais adopter ; ce qui est sûr, c'est qu'ils ne renonceront pas.
F. Z. et G. R. - Justement, quelle issue prévoyez-vous pour ces législatives ?
J. M. A. - Je pense qu'un même phénomène se déroule actuellement …