Migrants : le grand défi

n° 149 - Hiver 2015

Franciscus dit « Frans » Timmermans est né à Maastricht, aux Pays-Bas, il y a 54 ans. Européen convaincu mais pas béat, il est le numéro 2 de l'actuelle Commission européenne. Ce polyglotte qui parle couramment six langues - il a étudié la littérature française pendant cinq ans à Nancy et pratique un français sans accent - a entamé sa carrière au ministère néerlandais des Affaires étrangères. Après avoir été en poste à La Haye puis à Moscou, il rejoint en 1994 l'équipe du commissaire européen aux Relations extérieures Hans van den Broek, puis s'installe à Vienne où il devient le conseiller et secrétaire particulier de Max van der Stoel, Haut Commissaire pour les minorités nationales de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). De 2007 à 2010, il est ministre des Affaires européennes des Pays-Bas et, de 2012 à 2014, ministre des Affaires étrangères.
Depuis le 1er novembre 2014, Frans Timmermans est le « bras droit », voire le « bras armé » de Jean-Claude Juncker à Bruxelles, avec le titre de premier vice-président de la Commission européenne. Il est chargé de l'amélioration de la réglementation, des relations institutionnelles, de l'état de droit et de la Charte des droits fondamentaux. Il supervise en outre la politique relative au climat et prépare la COP21. De par sa fonction transversale, ses talents de diplomate et sa parfaite connaissance des arcanes bruxellois, M. Timmermans est l'un des hommes les mieux placés pour expliquer la réponse européenne à ce qu'on appelle la « crise migratoire ».
B. B.

Baudouin Bollaert - Après bien des querelles et atermoiements, l'UE semble être parvenue, lors du sommet du 23 septembre, à un accord sur la « crise des migrants ». Diriez-vous, comme Angela Merkel, que cette crise est, aujourd'hui, « le principal défi de l'Europe » ?
Frans Timmermans - Il s'agit en effet d'un défi majeur, l'un des plus sérieux auxquels l'Europe puisse être confrontée, et sans doute celui qu'il est le plus urgent de régler. Cette crise des réfugiés est exceptionnelle par son ampleur, c'est l'évidence ; mais, surtout, elle met à l'épreuve notre capacité à prendre de front nos problèmes communs et à y apporter des réponses collectives. Car les seules réponses efficaces et durables à cette crise sont européennes. L'actualité de ces derniers mois l'a confirmé : il n'y a pas de solutions nationales. La Commission a présenté en mai dernier un agenda qui aborde la question migratoire dans toutes ses dimensions. De nombreuses mesures ont pu être adoptées depuis.
B. B. - Lesquelles ?
F. T. - Ces mesures vont du renforcement de notre présence en Méditerranée - qui a permis de sauver plus de 120 000 vies - à l'intensification de la lutte contre les passeurs, sans oublier les décisions qui permettront de relocaliser (1) dans le reste de l'Union européenne 160 000 personnes arrivées en Grèce et en Italie et dont le moins qu'on puisse dire est qu'elles ont besoin d'une protection internationale. Tout cela démontre que la solidarité européenne avec les pays les plus touchés n'est pas un simple slogan. Je suis heureux que le sommet informel des chefs d'État et de gouvernement du 23 septembre ait accepté les propositions formulées par la Commission. Elles permettront, en particulier, de renforcer l'aide de l'UE aux réfugiés syriens qui se trouvent hors d'Europe, ce qui est crucial. Mais nous avons bien sûr encore du pain sur la planche et nous travaillons d'arrache-pied pour aider les États membres qui se trouvent en première ligne à mieux gérer les frontières extérieures de l'espace Schengen. Notre approche repose sur l'alliance de la solidarité et de la responsabilité : solidarité avec les personnes qui ont besoin d'être protégées et avec les pays les plus affectés ; et responsabilité car tous les États membres doivent appliquer les règles communes.
B. B. - Qu'en est-il de la protection des frontières extérieures de l'Union et du renforcement des contrôles ?
F. T. - Cette protection passe notamment par la mise en place sur le terrain de l'approche dite « hot spots » que nous avons proposée en mai dans le cadre de l'Agenda européen sur la migration. Des équipes de soutien sont en train d'être constituées afin d'aider concrètement les autorités des pays concernés à faire face à l'afflux de migrants. Les personnels et experts nationaux déployés par les agences de l'UE - Frontex, l'Office européen de l'asile et Europol - les aideront à immédiatement identifier et à enregistrer les nouveaux arrivants pour distinguer le plus rapidement possible ceux qui peuvent vraiment …