Hillary Clinton et le leadership américain

n° 152 - Été 2016

Les questions internationales revêtent une importance majeure dans la campagne présidentielle américaine de 2016. Ce ne fut pas le cas lors des deux scrutins précédents : du fait de la crise financière née en 2007, les élections de 2008 et de 2012 avaient été largement dominées par les dossiers économiques. Ces dernières années, la donne a changé. Alors que les attentats de Boston d'avril 2013 semblaient oubliés, la décapitation du journaliste américain James Foley par les terroristes de l'État islamique (EI) en août 2014, les attentats de Paris et de San Bernardino en 2015, puis ceux de Bruxelles en 2016, ont réveillé dans l'opinion américaine la crainte du terrorisme. Et, dans le même temps, le retour d'une Russie agressive, qui a ouvertement montré ses ambitions territoriales en Ukraine en 2014, ravive les souvenirs de la guerre froide. Conséquence : dans les préoccupations des électeurs, les problématiques relatives à la sécurité nationale et à l'action extérieure des États-Unis sont actuellement au coude à coude avec l'économie (1).
Les projets des candidats à la Maison-Blanche en matière de politique étrangère sont donc examinés avec la plus grande attention. Candidate modérée longtemps favorite des sondages, la démocrate Hillary Rodham Clinton (HRC) bénéficie de toute évidence d'une grande expérience de ces dossiers, compte tenu de son passé de secrétaire d'État - un poste qu'elle a occupé tout au long du premier mandat de Barack Obama, de 2009 à 2013. Le programme de politique étrangère qu'elle développe depuis son départ de Foggy Bottom (le Département d'État) se révèle bien plus précis que celui de son adversaire républicain Donald Trump, mais aussi que les projets des nombreux autres ex-candidats aux primaires de 2016 (2).
Il est dès lors possible de se représenter de façon assez nette ce que serait une politique étrangère « made in HRC ». Une politique à la fois idéaliste et pragmatique, dont le maître mot serait sans doute « efficacité ».

Au carrefour des traditions de la politique étrangère américaine

Des débuts plutôt idéalistes
Rappelons brièvement que l'idéalisme d'une part et le réalisme de l'autre sont deux courants bien connus de la politique étrangère américaine. Ils inspirent des projets opposés pour la conduite des affaires du pays.
Les idéalistes estiment qu'il est possible d'améliorer la situation du plus grand nombre sur la planète et que les États-Unis sont tout particulièrement investis de cette mission - soit parce que l'Être suprême leur a désigné cette tâche, soit parce que leur puissance leur confère cette responsabilité (3). Ils se doivent donc, au minimum, de garantir la paix dans le monde - et, si possible, d'apporter la prospérité et la démocratie aux pays moins chanceux. Les réalistes, eux, cherchent avant tout à défendre l'intérêt propre des États-Unis. Héritiers de la Realpolitik allemande, ils choisissent leurs alliances et leurs actions avec pragmatisme, en fonction des événements.
Bien entendu, dans les faits, les praticiens de la politique étrangère américaine ne sont jamais totalement idéalistes ou absolument pragmatiques. Hillary Clinton ne fait pas exception : dans son livre …