Iran-Arabie : la grande confrontation

n° 152 - Été 2016

Au cours des quarante dernières années, le changement le plus fondamental au Moyen-Orient a été la création de la République islamique d'Iran et l'émergence des monarchies pétrolières. Une série de conflits, de la guerre Irak-Iran à celle de Syrie, a mis la région à feu et à sang au moment où l'effondrement de l'URSS rendait obsolète le logiciel politique de la guerre froide et où les rapports de force du monde multipolaire traduisaient le déclin des anciens Grands. Aujourd'hui, deux nouvelles puissances régionales se font face de part et d'autre du golfe Persique. Leur rivalité est globale et non pas simplement religieuse ou ethnique, et elle se manifeste de multiple façon : diplomatique (rupture des relations depuis janvier 2016) ; soutien à des mouvements de contestation ou de révolte (Balouchistan) ; économique (effondrement des cours du pétrole) ; ingérence dans la vie politique de certains États (blocage de l'élection d'un président au Liban) ; et, surtout, guerre par procuration en Irak, en Syrie et au Yémen. L'Arabie saoudite, qui se sent abandonnée par les États-Unis, est souvent en pointe dans ces conflits au moment où l'Iran a besoin au contraire de normaliser ses relations internationales après l'accord du 14 juillet 2015 sur son programme nucléaire. Ces conflits entre les deux puissances émergentes du Moyen-Orient déstabilisent en profondeur toute la région et - ce qui est nouveau à cette échelle - l'Europe tout entière, qui voit converger vers ses frontières des millions de réfugiés et se multiplier les actes terroristes. Dans l'urgence, on édifie des murs, on met en place des mesures sécuritaires, on laisse monter les partis nationalistes et xénophobes tout en regardant l'Union européenne se déliter. On s'abstient surtout de traiter le mal à sa racine. Lorsque le sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt...

Une rivalité nouvelle

De nombreux commentateurs expliquent - à juste titre - la crise actuelle par des facteurs locaux, mais aussi par une « opposition immémoriale entre Persans et Arabes, entre sunnites et chiites » (1) qui priverait largement de toute capacité d'action la communauté internationale ou les États. Certes, en temps de guerre ou quand les États sont faibles, les facteurs culturels, ethniques, religieux ainsi que les solidarités locales occupent une place centrale ; mais il s'agit là de la manifestation du conflit plus que de sa cause (2). On ne saurait expliquer la Seconde Guerre mondiale par le seul antagonisme franco-allemand hérité du partage de l'empire de Charlemagne lors du traité de Verdun en 843... La rivalité entre l'Iran et l'Arabie saoudite, dans sa complexité et sa gravité, est le résultat d'une histoire très récente.
L'Iran moderne, fondé sur le chiisme au XVIe siècle, a souvent été en conflit avec les Turcs, mais jamais avec les États arabes pour la simple raison que ceux-ci n'existaient pas (indépendance de l'Irak en 1930, des Émirats arabes unis en 1972...). Quant à la guerre Irak-Iran (1980-1988), elle répondait à des motifs tout à fait différents (3).
Tout a commencé avec la révolution iranienne de …