Le Brésil dans la tempête

n° 152 - Été 2016

Un pouvoir à la dérive

Parmi tous les épisodes du « feuilleton » brésilien, en voici un qui en dit long sur la décomposition de la vie politique brésilienne en général et la « faillite » du Parti des Travailleurs (PT) en particulier. Le 17 avril, trois semaines avant le vote d'impeachment à la Chambre des députés contre la présidente Dilma Rousseff (68 ans), l'inexpérimenté Alessandro Teixeira, 44 ans, membre du PT, est nommé ministre du Tourisme en remplacement d'un représentant du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB, centre droit) qui vient de démissionner pour mieux destituer la présidente qu'il était censé servir (1).
Tout juste entré en fonctions, le nouveau titulaire du poste ne trouve rien de mieux à faire que de prendre des « selfies » dans son bureau ministériel à Brasilia en compagnie de sa spectaculaire épouse. Or cette dernière n'est autre que Milena Santos, lauréate en 2013 du concours « Miss Bumbum » qui distingue les femmes dotées des poitrines et des arrière-trains les plus voluptueux. À l'instar de gagnants du Loto se vautrant dans une débauche de luxe, le couple se photographie dans le palais du pouvoir en train de s'embrasser sur la bouche. Loin de mesurer le côté déplacé de la chose au moment où - circonstance aggravante - le pays est plongé dans une grave crise économique, la femme du ministre s'empresse de poster les clichés sur Facebook. Mieux : comme le révèle la presse, Miss Bumbum publie également d'autres images, vraiment vulgaires, où elle pose devant le Parlement de Brasilia en exhibant la partie la plus charnue de son intéressante anatomie ! Un commentaire triomphant accompagne le tout : « À côté d'un grand homme se trouve toujours une belle et puissante femme. » Voilà donc à quelle profondeur abyssale est tombé le PT fondé par Lula en 1980 et qui, allié à l'intelligentsia, s'est hissé au pouvoir en 2003 avec pour noble projet de cultiver l'éthique en politique... Treize ans plus tard, force est de constater que l'on est loin du compte. Mince satisfaction : trois semaines après la séance de photos qui en a fait la risée du pays, l'éphémère ministre du Tourisme avait quitté son poste, balayé par la procédure de destitution contre Dilma Rousseff.
L'année 2016 restera dans l'Histoire comme l'annus horribilis de la gauche brésilienne. D'abord, la coalition gouvernementale, composée de neuf partis, s'est écroulée comme un château de cartes. Ensuite, la présidente Dilma Rousseff a été destituée par un vote écrasant de la Chambre des députés et remplacée par son vice-président Michel Temer, du PMDB. Officiellement, ce dernier n'est que président par intérim et Mme Rousseff demeure la présidente en titre pendant une période maximale de 180 jours au terme de laquelle le Sénat doit confirmer la mesure.
Surtout, l'« affaire Petrobras », qui implique plus d'une centaine d'hommes d'affaires et une cinquantaine de parlementaires, éclabousse les principaux partis politiques de la coalition gouvernementale de Dilma Rousseff, y compris le supposé « éthique » PT. Sans …