Les Balkans, nouveau carrefour de l'islam radical ?

n° 152 - Été 2016

Les sociétés musulmanes des Balkans sont affectées par d'inquiétants mouvements de radicalisation qui trouvent un terreau favorable dans les multiples crises que connaît la région. Les pays d'Europe du Sud-Est représentent un vivier de recrutement important pour l'organisation dite État islamique. Pourtant, l'islam des Balkans a souvent été présenté comme un modèle de « tolérance » et de « modération » : cette tradition est-elle menacée ? En réalité, cet islam, marqué par l'héritage ottoman et par les expériences socialistes du XXe siècle, n'est jamais resté à l'écart des tendances et des débats affectant l'ensemble du monde musulman. Un constat plus vrai que jamais à l'heure d'Internet et de la mondialisation.
Ils seraient 350 citoyens du Kosovo à se battre dans les rangs de l'organisation État islamique (EI), autant au moins venus de Bosnie-Herzégovine, des dizaines originaires d'Albanie, de Macédoine, de Bulgarie... Rapportés à leur nombre total d'habitants, la Bosnie-Herzégovine et le Kosovo arriveraient en tête des États européens fournissant le plus grand nombre de volontaires au mouvement terroriste. Il est difficile d'obtenir des données précises, les départs pour la Syrie échappant largement aux contrôles de la police et les recrutements s'effectuant souvent par Internet. Mais ce qui est sûr, c'est que toutes les villes des Balkans sont quotidiennement reliées à la Turquie par autocars - voire par les vols bon marché de certaines compagnies aériennes. Pour peu que l'on dispose de contacts permettant de passer la frontière turco-syrienne, un voyage jusqu'aux territoires contrôlés par l'EI ne coûte guère qu'une centaine d'euros. Du djihad low cost, en somme...
Conséquence : chaque semaine, des avis de décès sont publiés dans les journaux, parfois affichés auprès des mosquées, confirmant la mort de jeunes gens qui avaient « disparu » quelques semaines ou quelques mois plus tôt. Les structures officielles de l'islam des pays de la région condamnent ces départs, mais leurs objurgations semblent sans effet : parfois, ce ne sont d'ailleurs pas des habitués des mosquées qui décident de partir, même si les premiers cercles de recrutement concernent le plus souvent des milieux déjà pratiquants et radicalisés.
Les pays des Balkans, où résident plusieurs millions de musulmans (1), représentent un important vivier de recrutement pour l'organisation djihadiste : aux fidèles qui habitent dans les États de la région, il faut encore ajouter les importantes diasporas établies en Allemagne, en Autriche, en Suisse, en Belgique ou dans les pays scandinaves, souvent sensibles au radicalisme religieux. Vienne s'impose tout particulièrement comme un carrefour des réseaux radicaux des émigrés balkaniques. Un exemple : le 28 novembre 2014, les unités spéciales de la police faisaient irruption dans l'appartement de Mirsad Omerovic, alias Ebu Tejma, originaire du Sandzak de Novi Pazar, en Serbie, figure connue de la mosquée Altun-Alem de la capitale autrichienne. L'homme, soupçonné de faire partie d'un réseau terroriste qui collectait des fonds et recrutait des volontaires pour combattre dans les rangs de l'EI, est en cours de jugement. Une question agite l'opinion et les chancelleries occidentales : l'EI aurait-il déjà solidement pris pied au …