Obama et l'Asie : un bilan mitigé

n° 152 - Été 2016

Dès 2011, le président Obama a déclaré que le « basculement vers l'Asie » serait dorénavant l'axe majeur de la politique étrangère américaine. Dans une région tiraillée entre, d'une part, le malaise qu'avait suscité l'Administration Bush (1) et, d'autre part, l'« offensive de charme » méthodique et efficace de la puissance chinoise (2), cet engagement de l'autoproclamé « first Pacific President of the United States » a suscité autant d'intérêt que d'attente. La redéfinition de la politique américaine en Asie-Pacifique par le binôme Obama / Hillary Clinton (secrétaire d'État de 2009 à 2013) a été perçue comme la promesse d'une réévaluation salutaire - aussi bien sur le plan économique que sur le terrain diplomatico-stratégique.
L'enjeu du pivot était double : d'abord, signaler aux partenaires traditionnels des États-Unis (Japon, Corée du Sud, Taiwan et pays de l'ASEAN (3)) le réengagement concret de la puissance américaine ; ensuite, indiquer qu'en aucune manière Pékin n'avait un blanc-seing en Asie orientale et que si la Chine entendait être considérée comme une puissance « responsable », elle devait se comporter comme telle, c'est-à-dire ne pas échapper aux normes internationales, même dans sa périphérie régionale. Concrètement, il s'agissait pour les États-Unis de retrouver leur leadership naturel dans une zone considérée comme le nouveau pôle mondial du XXIe siècle et où, précisément, ce leadership était le plus sérieusement contesté. À ce titre, la Chine constitue le plus grand enjeu de sécurité nationale pour Washington, celui qui déterminera son positionnement international dans les cinquante prochaines années.
Pour autant, des visites fréquentes, des discours avisés, de légitimes ambitions et des initiatives variées suffisent-ils à faire aboutir une bonne stratégie ? Le marathon diplomatique du président Obama ces derniers mois ne doit pas masquer les insuffisances du pivot. Cinq ans plus tard, le bilan est mitigé. Le recentrage de la diplomatie américaine en Asie n'a jamais convaincu. Ne représentait-il pas, au demeurant, une vue de l'esprit éloignée des responsabilités globales d'une grande puissance ? Au final, le rééquilibrage asiatique se réduit-il à une simple opération de communication qui aurait fait long feu ? Quelle sera son empreinte durable sur le rapport de forces en Asie-Pacifique ?

Obama, le pivot et l'Asie orientale

« Here, we see the future »
C'est en novembre 2011, devant le Parlement australien, que le président Obama explique la logique à laquelle répond la « stratégie du pivot » (il utilise alors le terme de « rebalancing ») annoncé au même moment par Hillary Clinton dans son fameux article de Foreign Policy (4) : puisque c'est en Asie-Pacifique que les États-Unis voient l'avenir du monde, il est urgent d'y réaffirmer leur présence dans une perspective durable. Le pivot illustre la prise de conscience par les Américains de dynamiques puissantes qui se mettent en place et leur échappent. L'Asie est désormais largement centrée sur la Chine, ce qui représente indéniablement pour les États-Unis un défi complexe ; mais, dans le même temps, le continent possède un potentiel colossal en termes de croissance économique, de commerce international et …